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Copyright Aspirateurs | pour servir à l'histoire générale de cette province ; suivi d'un appendice contenant un aperçu historique des départements de la Vienne, des Deux-Sèvres et de la Vendée, et d'un sommaire géographique des trente-deux gouvernements de la France ancienne, par J. Giraudeau, docteur-médecin M. Méric, rapporteur
Lorsque vous m'avez fait l'honneur de confier à mon examen l'ouvrage dont je viens de vous communiquer le titre, j'ai accepté cette tâche avec la plus vive satisfaction, persuadé que je pourrais, en analysant le travail de l'auteur, vous initier à certains faits historiques dont le Poitou a été le témoin. J'aurais été désireux de les voir présenter sous leur véritable jour par le topographe, qui vient évoquer le passé de cette antique province, en soulevant un coin du voile qui couvre les événements néfastes ou glorieux, dont elle fut le théâtre pendant une longue série de siècles.
Le Poitou, la Lorraine, la Bourgogne sont peut-être les trois provinces qui ont joué le rôle le plus actif dans l'histoire de France. L'ouvrage que vous m'avez donné à examiner fait partie de cette intéressante trilogie historique, et comme tel il méritait d'être soumis au creuset d'une minutieuse analyse.
Malgré tout mon bon vouloir et le vif désir que j'aurais de vous soumettre en détail quelques pages de cette production, je suis contraint de m'arrêter dans ce champ pour n'y glaner que quelques maigres épis.
L'auteur du précis historique du Poitou, outre qu'il n'apprend au lecteur rien de nouveau touchant les phases diverses de cette province, renverse encore très facétieusement l'ordre chronologique des faits ; et l'on dirait que son inexactitude se fait un malin plaisir d'arguer de faux les savantes recherches des Besly, des Thibaudeau, des Guérinière, qui ont écrit avec talent l'histoire du Poitou.
Dans un superbe hors d'oeuvre, que nous n'osons point qualifier du nom d'introduction, l'auteur s'exclame d'un ton de réquisitoire tant soit peu hasardé : Ce n'est pas tout : il est un écueil que l'on voit rarement évité par les historiens ; je veux parler de l'oubli souvent absolu de cet ordre qui doit présider à l'enchaînement des faits ; et quelques lignes plus bas, il semble vouloir déverser magistralement le blâme sur les écrivains précités, en faisant remarquer au lecteur qu'ils ont négligé fréquemment la chronologie qui devrait être inséparable de l'historien.
Certes, cette objurgation, un peu véhémente, est adressée bien gratuitement aux anciens historiens du Poitou ! et notre auteur moderne, qui se targue d'une grande exactitude chronologique, ferait bien, selon nous, de revoir les épreuves de l'ouvrage qu'il a si inconsidérément livré au contrôle de la critique !!
Pour faire apprécier â sa juste valeur le talent mnémotechnique de l'auteur de ce précis, nous signalerons aux lecteurs les passages suivants, où l'érudition du chronologiste se montre dans tonte sa profondeur :
Page 121 : Niort est situé sur la Sèvre. Elle se rend à Philippe-Auguste en 1281. Ceci, Messieurs, est écrit fort sérieusement et nous donne une idée des recherches sans nombre que l'auteur a dû faire pour assigner à la reddition de cette ville une date qui est un grossier anachronisme. En rétablissant chronologiquement le fait, nous trouvons que Niort se rendit à Philippe-Auguste en 1202, et non en 1281, car, à cette époque, le trône de France était occupé par Philippe-le-Hardi.
Nous aurions bien d'autres erreurs graves à redresser dans le précis historique du Poitou ; mais comme nous avons hâte d'en finir avec la chronologie que l'auteur s'est créée, nous arriverons, après cette périlleuse traversée, au tableau qui présente la division de la France ancienne en 32 gouvernements. L'auteur prétend que les matériaux essentiels de ce travail ont été puisés dans les géographies les plus estimées.
Ouvrez le livre â la page 227, et enregistrez sur vos tablettes ce qui suit : Cateau-Cambrésis, célèbre par le traité de paix entre la France et l'Espagne en 1558. Or le traité de paix dont s'agit ne fut signé qu'en 1559 !!
A la page 228, l'auteur fait imprimer : Landrecies, place forte, prise par Louis XIV ; cédée à la France en 1655 par le traité des Pyrénées. En interrogeant l'histoire, on n'hésitera pas un seul instant à assigner au traité des Pyrénées sa véritable date : 1659.
On lit encore à la même page, lignes 3, 4 et 5 : L'Artois fut conquis en 1640 par Louis XIV sur Philippe IV, roi d'Espagne. Ici, Messieurs, permettez-moi l'expression, on voit un tour de force chronologique, exécuté avec un aplomb admirable... Louis XIV, selon le prote ou l'érudit écrivain, régnait déjà en 1640 !.. Risum teneatis!.... Heureusement pour nous, il est de par le monde une histoire de France qui proue e d'une manière irréfragable que l'auteur a commis un anachronisme des plus manifestes. Louis XIII régnait encore en 1640 et au-delà ; et c'est sous son règne que fut conquise la province artésienne. On ne saurait nous contredire sur ce point, car nous sommes puissamment étayé par les documents historiques.
Aire et St.-Omer, ajoute l'auteur à la même page, ne furent rendus à Louis XIV qu'en 1671, par le traité de Nimègue (Le traité de Nimègue fut signé en 1678). Comme vous le voyez, le chronologiste se tient toujours à la même hauteur.
Comparativement au Roussillon, les provinces de la Flandre-Française et de l'Artois n'ont été que légèrement égratignées par la plume du consciencieux écrivain. Faisant une halte à notre province, M. Giraudeau écrit que Louis XIII, s'étant emparé du comté de Roussillon, le réunit à la France en 1659 ! Nous remercions Fauteur d'avoir bien voulu se donner la peine de rectifier notre histoire chronologique, tout en donnant un rude coup de pied à l'histoire de France.... On est fondé à croire que M. Giraudeau ignore ce que tout le monde sait, je veux dire qu'en 1642, Louis XIII conquit le Roussillon, et que Louis XIV le réunit définitivement à 1a couronne de France par le traité de la Bidassoa, en 1659 !
Pour couronner l'oeuvre, nous ajouterons que l'auteur gratifie fort élégamment du nom de villes Salses et Bellegarde, qui ne se doutent pas, bien certainement, de l'insigne honneur qu'il leur fait.
C'est une tâche bien triste et bien fastidieuse que d'avoir à relever tant d'erreurs topographiques et de ridicules anachronismes ; mais c'est aussi un grand contentement pour nous que de contribuer, en notre qualité de Roussillonnais, à sauvegarder notre département des atteintes de certains écrivains, qui, pareils aux harpies de la Fable, gâtent tout ce que leur plume s'ingère de toucher. © S.A.S.L. des P-O. Ce rapport a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.248-252. |