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I
Découverte d'une antique à Saint-Hippolyte (canton de Rivesaltes)
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Dans le mois de novembre 1847, comme on travaillait à l'agrandissement de l'église de cette commune, on trouva, en déplaçant le maître-autel, une colonne qui en soutenait la table, avec cette inscription :
FLAV. VAL. CONSTANTINO. NOB. CAES. En toutes lettres : Flavio Valerio Constantine nobilissimo Caesari.
C'est à Constantin ler, surnommé plus tard le Grand, que s'adresse cet hommage, comme nous l'avons établi précédemment, et que nous allons le démontrer, après avoir expliqué l'épigraphe par l'histoire, ainsi qu'il suit.
D'après la forme d'administration introduite par Dioclétien, pour aider les empereurs à soutenir le poids du gouvernement, on créait des Augustes et des Césars. Les Augustes partageaient avec l'empereur le pouvoir suprême, et gouvernaient les départements les plus honorables. Les Césars, destinés à leur succéder, étaient ordinairement chargés de la défense des frontières ; les uns et les autres disposaient de la force des légions.
Constance Chlore, père de Constantin, était Auguste, et avait pour sa part la Gaule, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Il mourut à York, le 25 juillet 306, après avoir remporté une grande victoire sur les Pictes. Son fils était auprès de lui, et les soldats prétoriens, charmés de ses excellentes qualités et fidèles à la recommandation du père, s'empressèrent de le proclamer Auguste et empereur. Mais l'empereur Galérius, qui redoutait de l'avoir pour collègue, ne lui accorda que le titre de nobilissime César (1), et cependant, de peur de mécontenter l'armée, il le reconnut pour souverain des provinces qu'avait possédées sou père, et lui envoya même la pourpre ; en sorte qu'il était réellement Auguste, bien qu'il n'en portât pas le nom.
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Cependant Maximien, ayant repris la haute dignité qu'il n'avait abdiquée qu'à regret, s'allia avec Constantin, lui donna sa fille Fausta en mariage, et ressaisissant les droits qu'il prétendait avoir sur l'empire d'Occident, il lui conféra en même temps le nom et le rang d'Auguste (31 mars 307).
Au commencement de 308, Constantin ne jouissait encore de ce titre que dans les provinces qui lui obéissaient ; mais Galérius se vit enfin forcé de le reconnaître en cette qualité, et conséquemment dans tout l'empire, excepté les pays qui étaient sous la loi de Maxence.
Ainsi donc l'incription de Saint-Hippolyte date de 306 ou de 307.
On a contesté néanmoins qu'elle concernât Constantin I plutôt que Constantin II son fils qui, suivant de graves auteurs, disait-on, s'appelait comme son père Flavius Valerius Constantinus, et qui reçut le titre de César en 317. Mais cette prétendue identité de noms est aussi fausse qu'invraisemblable. Nous pouvons opposer à ces auteurs un savant dont la compétence est incontestable en pareille matière : c'est le numismate Bimard de la Bastie. Voici, en résumé, ce qu'il établit, en s'appuyant des monuments, dans une de ses précieuses notes sur la Science des médailles du P. Jobert, ouvrage généralement estimé :
Constantin I portait le prénom de Flavius (2), le nom de Valerius et le surnom de Constantinus. Tant qu'il vécut, son fils aîné fut appelé sur les médailles Constantinus junior nobilissimus Caesar. Après la mort de son père, les médailles et les inscriptions font précéder son surnom du prénom de Flavius, et du nom de Claudius ou de Julius. V. d'ailleurs tous les biographes et d'autres historiens. Ces noms de Julius et de Claudius, dit encore M. de la Bastie, étaient ceux que la famille Flavia tenait de ses alliances par les femmes avec les familles Claudia et Julia.
Autre difficulté : l'inscription de Saint-Hippolyte, poursuivait-on, n'a pas un caractère officiel, et il n'est pas probable qu'on en ait réellement consacré quelqu'une à Constantin I, dans le peu de temps où il ne lui fut permis qu'un titre qui ne pouvait lui être fort agréable. Eh bien, nous sommes à même aujourd'hui de produire des inscriptions où ce Constantin se trouve très explicitement désigné avec ce même titre. C'est d'abord celle que donne Bergier, p. 72. 6. Flavius Valerius Constantinus et Galerius Valerius Maximianus (3) y figurent, et sont qualifiés de nobilissimes Césars. A Martigni, dans le Valais, il y a une colonne milliaire consacrée à ces deux Césars en ces termes : Dominis nostris Maximiano et Constantino mobilissimis Caesaribus (Ann. de philos. chrét., mai 1848). Le musée de Toulouse possède un autre milliaire découvert par le savant archéologue, M. Alex. Dumége, qui l'a publié dans ses Monuments religieux des Volces etc., et dans sa description des antiques du musée précité. On y lit cette inscription IMP. CAESAR. FLAVio VALerio CONSTANTINO NOBilissimo CAESari DIVI CONSTANTIi PII AUGusti FILIO (4).
Les sigles imp. caes. ont arrêté M. Dumége ; un autre académicien y a lu Imperante Caesare. Mais les lexiques d'abréviations romaines ne leur donnent jamais cette signification ; imperante ne peut donc être écrit qu'en toutes lettres. De plus, ce mot ainsi écrit et Caesare devraient être nécessairement suivis du nom d'un empereur. C'est aussi ce que l'on voit dans Bergier, p. 736, sur une inscription, qui n'est pas d'ailleurs dédicatoire. En un mot, ces sigles ne peuvent, à notre avis, se traduire autrement que par le datif imperatori Caesari d'accord avec Constantino. Et l'on ne doit pas trouver étrange que ce prince recoive sur la même inscription le titre d'empereur et celui de nobilissime César, puisque en effet, il fut l'un et l'autre à la fois pendant un an, comme il a été dit ci-dessus d'après l'histoire.
Voilà sans doute assez de preuves à l'appui de notre thèse.
Pour en revenir à la colonne trouvée à Saint-Hippolyte, nous devons faire remarquer qu'un des côtés du chapiteau, est brut. Elle avait été, par conséquent, adossée à un édifice, à un fort peut-être, si ce n'est même à l'ancien relais appelé en latin Mutationes, aujourd'hui Mudagons, localité peu distante de Saint-Hippolyte, près de laquelle passait la voie romaine qui conduisait de la Gaule en Espagne, ainsi que l'a doctement prouvé feu M. Jacques de St-Malo.
Cette antique, enfin, se trouve maintenant placée convenablement au porche de l'église d'où elle a été tirée, avec une épitaphe insignifiante du XIVe siècle, provenant du même endroit.
II
Découvertes d'objets du moyen-âge
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Il paraît que le couvent de Saint-François de Perpignan ne renfermait pas moins que celui de Saint-Dominique (5), des monuments funèbres érigés à de grands personnages. Nous y avons vu dans l'église, avant 93, celui du vicomte de Pérellos et de Roda (6). C'était un mausolée en marbre blanc, sur lequel reposait une statue qui le représentait en costume de guerrier revêtu de son armure et avec le chien symbolique à ses pieds.
Il y a un an environ qu'en abattant la cloison d'une arcade de l'ancien cloître du couvent, on y trouva une statue sépulcrale, ayant sur le socle cette inscription malheureusement tronquée : Illustris domina Alamanda... Castro novo. On sent que ces seuls mots ne peuvent nous apprendre que très peu de chose sur cette dame ; mais voici qui est curieux et qui donne bien à penser. Il existe au musée de Toulouse, n° 614,,une épitaphe ainsi conçue : Anno domini M CC XX III, XI kal. januarii, obiit domina Alamanda de Castro novo, uxor quondam Willelmi de Castro novo, militis, canonica ecclesiae Sancti Stephani ; cujus anima, etc. Il y a cinq écussons sur la dalle : un à chaque angle du sommet, aux armes de Toulouse, et trois au-dessous aux armes de Castelnou, consistant en un château surmonté de trois tours avec tourelles.
Or, en 1212, nous trouvons un Guillaume de Castelnou, parmi les chevaliers roussillonnais qui contribuèrent au gain de la fameuse bataille de las Navas. Ce chevalier appartenait sans doute à la branche cadette de nos vicomtes de Castelnou ; et ceux de cette branche avaient pour armoiries un château, comme on le voit, dans l'église de Montferrer sur l'élégant mausolée de noble Dalmace de Castelnou, mort en 1322. Le même écusson a été remarqué encore parmi les débris du cloître de St-François. Cette Alamande, malgré son très honorable blason, ne porte aucun titre sur l'épitaphe ; peut-être même n'était-elle qu'une fille naturelle d'un comte de Toulouse. En ce cas, son mariage avec un simple chevalier, miles, n'était pas disproportionné.
Peut-il y avoir plus de conformité entre la statue et l'épitaphe ? Cc qui reste à savoir est, quant à présent, du domaine des conjectures.
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 | | D'une autre arcade du cloître susdit, on a tiré, il y a 5 ou 6 ans, la figure sépulcrale d'un chevalier qu'aucune inscription ne nous fait connaître, mais qui donne lieu néanmoins aux quelques remarques que l'on va lire.
Son costume est semblable à celui que présentent des figures de chevaliers du XIIe et du XIIIe siècle, sans que l'on puisse supposer qu'il ait cessé d'être plus longtemps en usage.
Un touriste anglais qui visita, l'an passé, notre musée dit, à la vue de ce personnage tirant son épée ou la remettant dans le fourreau, que c'était un croisé représenté au moment de partir pour la Terre Sainte ou après en être revenu. Il ajouta que de telles figures sépulcrales n'étaient pas rares en Angleterre, tandis que celle-ci était la première de cette espèce qu'il rencontrait en France ; il en fut si charmé qu'il en prit le dessin.
Si cependant quelque hasard le ramenait à ce musée, ou lui faisait tomber entre les mains le présent volume, avec quel plaisir n'y verrait-il pas Bernard de So dégaînant ou rengainant sa flamberge, et comme il s'empresserait d'en faire tout d'abord un autre croisé roussillonnais ! Mais aussi quel désappointement, s'il en lisait ensuite l'épitaphe en date, hélas ! de 1385 !
Quant à la jambe croisée de la figure qui nous occupe, elle indiquerait une attitude en mouvement, suivant M. Didron, directeur des Annales d'Archéologie (mai 1845).
Enfin, si ce n'est pas un Castelnou ou un Pérellos qui fait l'objet de cette note, c'est toujours un de nos anciens preux dont nous regrettons bien d'ignorer le nom. Mais... Mors etiam saxis, nominibusque venit. (0v.) (7) |
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(1) Le mot nobilissimus qu'on ajoutait à celui de César, n'était, suivant Gibbon, qu'une épithète vague, plutôt qu'au titre déterminé, sous les prédécesseurs de Constantin. (2) Flavius, nom de famille, devint un prénom après le IIIe siècle (Schoell, Hist. abr. de la littérat. rom.) (3) C'est Maximien II, appelé aussi Maximin, qui était nobilissime César en même temps que Constantin I. (4) Cette inscription se ressent comme la nôtre de la décadence des arts. Bergier fait une pareille observation sur une inscription de Constantin Ier en Italie, p. 75. (5) Voir la notice de M. de St-Malo sur la pierre sépulcrale de Bernard de So. (6) Raymond de Pérellos, vicomte de Roda, était un fidèle serviteur de Jean I d'Aragon. Ce roi, pour le récompenser de ses services, érigea en vicomté son fief de Pérellos, en Roussillon, l'an 1391. Il l'appelle son bon ami, dans le diplôme de ce titre. En 1411, il le nomma gouverneur de Roussillon et général de l'armée qui défendait cette frontière. En 1420, Alphonse V le fit vice-roi et capitaine-général de Naples, etc. (7) Cette pierre tombale a été transportée au musée, ainsi que la statue d'Alamanda.
© S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume VII du Bulletin de la SASL, 1848, p.261-268. |