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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Récompenses et encouragements accordés en France aux Arts, à l'Industrie et aux Lettres

 

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F. Méric, vice-président

Les hommes généreux, qui eurent la philanthropique pensée de fonder des prix pour encourager les lettres, l'industrie et les arts, rendirent un service immense aux diverses classes de la société ; et, par cette noble initiative, ils ont acquis des droits éternels à notre reconnaissance.

En attisant le feu secret du génie, par des récompenses sagement décernées, ils incitèrent aussi les classes industrielles aux travaux intellectuels ; et bientôt, abrogeant les lois d'une vicieuse routine, l'artisan sut comprendre combien les bienfaits de l'instruction pouvaient alléger ses misères et ses pénibles labeurs. La première pensée qui guida les rémunérateurs des arts, de l'industrie et des lettres, fut d'imprimer au travail un mouvement ascensionnel ; car, ainsi que l'a dit un judicieux publiciste, le travail, c'est l'intelligence appliquée aux choses morales par la pensée et la réflexion, ou aux objets extérieurs, par le secours qu'elle reçoit des mains.

Ce qui a été fait, en France, en faveur des sciences et des arts, se lie d'une manière si spéciale aux progrès de la civilisation et à ceux de l'esprit humain, qu'il ne sera pas peut-être ici hors de propos d'en signaler la précieuse influence.

Les règnes de Charlemagne, de Philippe-Auguste, de Louis IX et de Charles V, nous offrent les premières traces des encouragements accordés aux lettres et aux arts. En 787, Charlemagne fonde, par les conseils du savant Alcuin, une bibliothèque et une académie dans son palais. Pour donner plus de relief à cette assemblée, chacun de ses membres emprunte un nom illustre à l'antiquité : Charlemagne se fait appeler David, Alcuin, Horace, un troisième n'hésite point à prendre le nom ambitieux d'Homère (Eginhard : vita et gesta Caroli Magni). L'académie, instituée par Charlemagne, est le berceau de cette célèbre Université de France, qu'on a appelée la fille aînée de nos rois.

L'industrie ne commence guère à jouir de quelques immunités que vers la seconde moitié du XVe siècle.

Si l'on consulte les mémoires écrits sous le règne de Louis XI, on se convaincra que ce monarque, malgré tous les reproches que la postérité est en droit de lui adresser, fut un des premiers bienfaiteurs de l'industrie et du commerce. Il fit venir d'Italie un grand nombre d'ouvriers habiles dans la fabrication des étoffes d'or et de soie ; et, pour les attacher à la France, il les exempta des tailles auxquelles étaient soumis les autres sujets de ce royaume. On doit encore à Louis XI l'établissement de la première imprimerie à Paris ; et l'on sait de quelle protection toute-puissante il couvrit les ouvriers allemands, qui étaient venus la fonder, lorsque le Parlement et l'Université les accusèrent de sorcellerie.

Le siècle de Francois Ier apparaît, dans l'histoire, comme un brillant météore, qui vient éclairer de ses reflets le génie des lettres et des arts.

Le règne de ce monarque, qui arriva précisément à l'époque de la renaissance des lettres, lui permit d'en recueillir les débris échappés aux ravages de la Grèce, et il les transporta en France, où il les entoura d'une sollicitude vraiment royale.

Jusqu'ici l'industrie manufacturière n'a pas encore pris une bien grande extension. Il faut se hâter d'arriver au règne de Henri IV, à la fin du XVIe siècle, pour trouver, dans la volonté du monarque, les premiers encouragements procurés aux fabriques, tandis que son fidèle Sully dirigeait ses efforts vers les progrès de l'agriculture. Sous ce règne, les arts industriels commencent à acquérir de notables développements ; et c'est aux conseils du sage et prévoyant ministre de Henry IV que la ville de Lyon doit l'établissement de ses premières manufactures sur une grande échelle.

Le siècle de Louis XIV résume, avec une prodigieuse magnificence, les diverses phases du travail intellectuel. Les lettres, l'industrie, le commerce, les sciences et les arts, trouvèrent, dans le grand roi, un protecteur des plus bienveillants. Habilement secondé, dans sa tâche civilisatrice, par l'infatigable Colbert, il érigea la France en une nouvelle Athènes.

Le siècle de Louis XIV fut le véritable foyer du génie. Cette réunion d'hommes éminemment distingués dans tous les genres, dans toutes les carrières de l'esprit humain, jette, sur le règne de ce monarque, un éclat immortel, et l'élève au dessus de tous ceux qui l'ont précédé depuis le commencement de la monarchie.

Dans les dernières années du XVIIIe siècle, un savant illustre, François-de-Neufchâteau, qui fut aussi un homme d'Etat des plus éclairés, eut une grande part au vigoureux élan que prit notre industrie nationale à cette époque. C'est lui qui provoqua la première exposition des produits de nos manufactures ; et cette solennité industrielle indiqua désormais la route que l'on devait suivre.

Le Consulat et l'Empire, qui sont encore entourés de toute une auréole de gloire, protégèrent avec distinction les sciences et les arts industriels.

«Capitaine, conquérant, législateur, - dit Monsieur Edouard Foucaud, dans ses Artisans illustres, - Napoléon joignit encore à ces hautes qualités, si rarement unies, l'art si difficile d'administrer un vaste empire. Il n'oubliait pas, au bruit de ses victoires, l'industrie de la France ; son génie savait découvrir et suivait, avec un saint orgueil, les développements vitaux des manufactures et des ateliers.

Les deux expositions qu'il avait ordonnées, pendant son Consulat, la première en 1802, la seconde en 1803, avaient attesté, dès les premiers moments, sa sollicitude pour la prospérité du commerce de la France». Nous ne devons pas omettre non plus celle de 1806, où concoururent les produits des 110 départements qui composaient la France impériale.

Telles sont les époques mémorables de notre histoire, qui nous révèlent le principe et le progrès des encouragements, octroyés aux arts, à l'industrie, aux siences et aux lettres.

Depuis 1830, les expositions de nos produits nationaux contribuent puissamment à exciter l'émulation de nos provinces. Eh ! ne se rattachent-elles pas, pour ainsi dire, à leur bien-être, puisqu'elles tendent à faire progresser l'art manufacturier ?

Le Roussillon se ressent, lui aussi, de cette bienfaisante influence ; et c'est avec un noble sentiment d'orgueil, qu'à l'exposition actuelle, nous avons vu s'accroître le nombre de nos compatriotes qui répondent, tous les cinq ans, à l'appel que le pays croit devoir faire à ses diverses industries.

Voyez ! dans ce temple, placé sous l'invocation du travail, l'ouvrier vient déposer le fruit de ses pénibles labeurs et de ses profondes réflexions ! Confiant dans la justice des hommes éclairés, qui doivent apprécier l'oeuvre de son intelligence et de ses mains, il ne laisse pas toute espérance à la porte du sanctuaire. La science, elle-même, vient aujourd'hui au secours de l'artisan ; elle l'étaye de ses calculs, de ses méditations, de ses expériences : en un mot, de toutes les ressources de son génie.

Toutes ces grandes et belles choses, témoins irrécusables des conquêtes de l'esprit humain, ne nous disent-elles pas assez que nous sommes dans un siècle où il n'est plus permis de jeter un regard envieux vers le passé ?

Le progrès fraye journellement à l'industrie la route d'un meilleur avenir ; et cette voie est ouverte à toutes les innovations civilisatrices.... Le savant, l'homme de lettres et l'artisan marchent, d'un pas assuré, vers leur but commun ; et ils n'ont plus à attendre, comme autrefois, que d'orgueilleux protecteurs veuillent bien recommander leurs travaux à une haute munificence. Le Génie sait aujourd'hui prendre de lui-même son essor : la récompense peut être tardive... mais elle lui fait rarement défaut.

Non ! le travailleur intelligent n'est plus réduit à s'exclamer, comme Salomon de Caus, à travers les barreaux de Bicêtre, et d'une voix étouffée par le découragement et le désespoir : «Je ne suis point un fou ! j'ai fait une découverte qui doit enrichir le pays qui voudra la mettre à exécution !»

 


© S.A.S.L. des P-O.
Ce discours a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.263-267.