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Copyright Aspirateurs | Fernand-Gérard Belledent
Il ne saurait être ici question que d'un survol tant le sujet est vaste et divers et que le but ne peut être l'exhaustivité. Héritier d'une vieille famille d'imprimeurs installés en Roussillon, en 1684, Jean-François Régnier publie le premier journal imprimé de la province sous le titre : Affiches, Annonces et Avis Divers de la Province du Roussillon, en 1776. Mais, auparavant, avait été publié, en 1772, un Almanach du Roussillon par l'imprimeur libraire Claude Lecomte, le premier d'une longue série, le genre ayant fait florès sous l'Ancien Régime et au XIXe siècle (1).
L'effervescence révolutionnaire devait produire un certain nombre de journaux dont les plus notables furent : l'Echo des Pyrénées de Jaubert, de 1792 à 1793 ; le Journal de l'armée des Pyrénées Orientales, de 1794-1795. Mais il faudra attendre 1801 pour voir apparaître le premier périodique en Roussillon à l'initiative du préfet Charvet. En effet, ce dernier, conscient de l'importance de l'agriculture dans le département, fait publier à cet effet le mensuel : Recueil d'instructions, d'avis, d'expériences et de découvertes concernant les divers branches de l'agriculture, bilingue français-catalan (2).
C'est le travail de l'imprimerie Veuve Régnier Tastu qui assurera, surtout à partir de la Restauration, la publication de la presse soumise alors à un contrôle étroit. Un titre se distingue à partir de 1819 : Le Journal de Perpignan.
Dans le même temps est réactivée la Société d'agriculture, le 3 novembre 1819, par arrêté du préfet de Villeneuve Bargemont, en application d'une directive ministérielle «pour accélérer les progrès de l'économie rurale». L'imprimerie Tastu va alors publier, de 1820 à 1829, onze bulletins de la «Société Royale d'agriculture, arts et commerce des Pyrénées-Orientales» placée sous les auspices du Dauphin et la présidence du préfet. L'agriculture restait la préoccupation essentielle mais l'industrie, les arts et la littérature entraient dans ses attributions.
Le Mouvement historique
Au début des années 1830, un mouvement intellectuel se développa autour d'Augustin Thierry et de Guizot, répandit le goût de l'histoire et de la littérature et favorisa la création des sociétés savantes. Le Publicateur du département des Pyréées Orientales, édité par Alzine en 1832, peut être considéré comme faisant partie de cette mouvance romantique. L'information générale y cède le pas à la littérature, à l'histoire, aux sciences ; y collabore tout ce qui compte en Roussillon alors. La publication cessera de paraître en 1837.
Dans le même temps, le 21 décembre 1833, quelques personnes résolues à unir leurs efforts pour faire progresser les Sciences, les Lettres et les Arts dans les Pyrénées Orientales créèrent la Société philomathique de Perpignan qui adopta, en février 1839, l'appellation de Société des Pyrénées-Orientales, sciences, belles lettres, arts industriels et agricoles et, en 1842, prit définitivement le nom de Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales.
En 1835, elle faisait paraître, à l'imprimerie Alzine, le premier volume de son bulletin, dont la publication devait se poursuivre, sans interruption notable, jusqu'à nos jours. Ses collections témoignent de la qualité des travaux publiés dans la revue à laquelle ont collaboré tous ceux qui ont marqué, depuis plus d'un siècle et demi, la vie intellectuelle du Roussillon.
En fait, le bulletin de la Société est devenu rapidement, au cours du XIXe siècle, le véhicule obligé des résultats de recherches et des études de tous ordres concernant les Pyrénées-Orientales opérés par les élites intellectuelles du pays. Ainsi pour l'histoire et ses sciences annexes, nous relevons les noms d'Henry, de Brutails, de Calmette, d'E. Desplanque, de J. Bonnefoy, de Renard de St Malo, de Puiggari et bien sûr d'Alart, de P. Vidal et de l'abbé J. Torreilles, sans compter Georges Sorel, auteur d'une étude sur les Girondins en Roussillon et les Maratistes. Pour les sciences naturelles apparaissent les noms de Louis Companyo, Ch. Deperet, et d'A.Donnezan. Ainsi cette société prendra au XIXe siècle le relais des Sociétés d'Agriculture et d'une institution disparue à la fin du XVIIIe : l'université supprimée par la Révolution. Elle jouera alors tout au cours du siècle un rôle de recherche et de diffusion des connaissances dans les divers domaines et sera un creuset où se rassembleront des hommes de tous horizons animés du désir de servir leur pays.
Il convient de signaler, même si cela ne rentre pas dans le cadre de la présente recension, qu'est lancé en 1846 par l'opposition carlo-républicaine pour soutenir F. Arago aux élections (Arago était aussi Président d'honneur de la SASL) l'Indépendant, sous titré «journal politique littéraire, agricole, commercial, scientifique», qui aura des vicissitudes diverses, disparaît en 1848 pour reparaître ensuite sous l'Empire libéral.
La libéralisation de la presse et la Renaissance roussillonnaise
A partir de la 2ème République, la presse va voir ses titres se multiplier mais il faudra attendre les années 1870 pour voir véritablement s'instaurer un pluralisme réel avec L'Indépendant : opportuniste, Le Roussillon : royaliste, et Le Républicain : radical. Mais le fait marquant de cette époque est la Renaissance roussillonnaise qui se manifestera garce à des hommes comme Justin Pepratx, Bonafont, Talrich,... Pepratx fait publier dans la SASL des poésies catalanes (3), à partir de 1884.
En 1906 est fondée, autour de Jean Amade, la Société d'Etudes catalanes qui publie, à partir de 1907, la Revue Catalane, mensuel bilingue consacré à la valorisation du catalan. On assiste alors à une véritable floraison de revues, que ce soit avant la Grande guerre ou peu après. Des revues littéraires comme la Clavelina, revue littéraire mensuelle du Roussillon, puis de littérature et d'art, (1896-1902), la Veu del Canigo d'Horace Chauvet (1910-1914), Montanyes regalades mensuel dirigé par J. Delpont, défenseur du roussillonnais (1915-1923). La Renaissance catalane d'Albert Janicot (1918- 1920) avaient toutes pour but la défense de l'identité roussillonnaise. Le clergé, sous l'impulsion de Mgr de Carsalade du Pont, soutint ce mouvement. Sous la direction de J. Bonafont fut publié la Revue historique et littéraire du diocèse de Perpignan, 1921-1934. Fut lancée par l'archiviste Desplanques la Revue d'histoire et d'archéologie du Roussillon en 1900 qui eut une vie trop brève comme Ruscino, organe de la société d'archéologie, d'histoire du Roussillon et de philologie catalane (1911-1924).
Par contre Tramontane, le trimestriel créé par Charles Bauby en 1917, par sa diversité se maintient jusqu'à la mort de son fondateur en 1975. S'y retrouvèrent, écrivains, artistes, historiens et cette revue a joué un rôle déterminant dans le domaine de la culture en Roussillon. Dans le même temps, Albert Bausil, écrivain et poète délicat, inspirateur de Charles Trenet, fonde avec Jean Payra en 1909 le Cri Catalan et en 1917 son propre journal : Le Coq catalan, littéraire, local, satirique et sportif où il tire chaque semaine un véritable feu d'artifice en rédigeant la quasi-totalité des rubriques. Ce périodique devint ainsi durant l'entre deux guerres l'organe le plus original de la culture roussillonnaise (1917-1941).
Une mention spéciale mérite d'être faite à Nostra Terra, organe du mouvement identitaire du même nom impulsé par Alfons Mias, Jean Amade, Henri Guiter etc. C'est cette revue qui est à l'origine de l'appellation Catalogne Nord (1936-1939).
Les Revues de 1945 à nos jours
Cette période n'a pas produit un égal foisonnement de revues que le début du siècle mais la qualité des publications et leur spécialisation méritent d'être soulignées.
En 1951, paraissent les Etudes Roussillonnaises, revue d'histoire et d'archéologie sous l'impulsion de Pierre Ponsich, avec les encouragements de Joseph Camette. Le travail réalisé sera important. La publication sera hélas interrompue en 1957, mais elle reparaîtra en 1987 grâce à la ténacité de Pierre Ponsich et après sa mort sera poursuivie par sa fille Claire. En 1958, Jean-Gabriel Gigot lancera CERCA : le bulletin du Centre d'études et de recherches Catalanes des Archives, qui donnera un élan nouveau aux recherches historiques. Le Centre d'études pré-romanes et romanes publie, à partir de 1970, les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa qui font autorité dans le domaine.
L'histoire et l'archéologie sont bien représentées si l'on ajoute Conflent, bimestriel publié à partir de 1961 sous la direction de M. Lapassat, Massana (1968-1996) éditée par la société d'étude et de sauvegarde des Albères, les Cahiers du Vieil Ille à partir de 1960.
La langue catalane n'est pas oubliée. En 1960 est créé le Grup rossellones d'Estudis catalans qui publie San Juan i Barres. Une scission se produira avec la création de l'Institut rossellones d'Estudis catalans et la publication de la Revista catalana. A partir de 1967, on assiste à une initiative originale de R. Gual avec le lancement de Terra Nostra qui publie périodiquement des dossiers intéressants divers aspects du pays catalan. Dans le domaine catalaniste, Terres Catalanes (1971-1978) se veut el periodic de tots els catalans.
A partir de 1960 va se constituer un ciné club : les Amis du cinéma, très actif à Perpignan, qui créera un festival et une revue, les Cahiers de la cinémathèque.
A noter le travail remarquable effectué par l'association pour une meilleure connaissance du Roussillon qui a publié un trimestriel de 1972 à 1976 consacré à des monographies sur le Roussillon. Même si ce dernier était publié à Paris, ses collaborateurs étaient catalans : Eugène Cortade, Claude Colomer et Michel Bouille... Le développement des enseignements universitaires à Perpignan à partir des années 1970 va tout naturellement permettre le lancement de diverses revues axées sur la recherche universitaire. Ce sera d'abord Arrels ensuite les Cahiers de l'Université depuis 1986. Nemesis, revue d'analyse juridique et politique, la Revue franco-maghrébine de Droit depuis 1993, Domitia, la revue du centre de recherches historiques sur les sociétés méditerranéennes 2001. Expérience originale de jeunes journalistes impertinents, Truc paraît en 1974. D'abord hebdomadaire puis mensuel, il se veut libre d'esprit et se donne pour but de révéler «le dessous des cartes de l'actualité catalane», mais il cesse de paraître en 1980. En 1985 paraît le Bulletin de l'association archéologique des Pyrénées-Orientales, avec à sa tête jean Abelanet. Dans le domaine de la numismatique est lancée en 1975 la Pallofe, bulletin de l'Association toujours vivant. Le domaine de la valorisation du patrimoine et du tourisme a été illustré par Reflets du Roussillon, de Yves Hoffmann mensuel (1954-1971) et aujourd'hui par Terres Catalanes, 1993, magazine très bien fait et de grande diffusion.
Comme on peut le voir, le Roussillon offre depuis plus de deux siècles un nombre de titres qui témoignent de la vitalité et de la diversité de la vie intellectuelle et artistique du Roussillon. Hommage doit être rendu à ceux qui ont permis et permettent ce rayonnement culturel (4).
© F.G. Belledent © S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié in Aspects du Roussillon, pp.387-394, CIXe volume de la SASL, 2002.
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