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Etude historique sur le président Sagarre
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | A ce nom de président Sagarre, il semble qu'on ressent encore vibrer dans l'air une espèce de frémissement de terreur : pour le peuple roussillonnais, le mot Sagarre porte avec lui l'épouvante et l'effroi. Pourquoi ! c'est qu'on n'a jamais considéré la situation critique au milieu de laquelle vivait cet homme, ni les fonctions pénibles qu'il avait à remplir. La masse ne voyait en lui que le magistrat rigide dans ses devoirs, et qui contrariait ses penchants politiques : on prenait son énergie pour de la dureté ; on le disait toujours altéré de sang et abusant du pouvoir qui lui était donné pour satisfaire un instinct féroce. Telle est l'idée, nous le savons, qu'on se fait du président Sagarre : cette idée est-elle vraie ? Et si ce n'était là qu'un préjugé populaire, pourquoi ne contribuerions-nous pas à le détruire, en faisant connaître ce personnage, qui a joué un grand rôle dans notre province, tel qu'il était, c'est-à-dire tel que nous le montrent nos documents historiques ? Mais pour bien comprendre les faits, il faut esquisser, en peu de mots, le tableau de la situation du Roussillon à cette époque qui se rattache à une des phases les plus importantes de notre histoire. Vers le milieu du XVIIe siècle, la Catalogne, à laquelle était lié le Roussillon, se révolta. Le comte Olivarès, ministre tout puissant du roi Philippe IV, avait supprimé une partie des franchises et des privilèges dont jouissait cette province, et dont elle se montrait si jalouse. Les Catalans indignés, plutôt que d'y renoncer, préférèrent se donner à un gouvernement étranger, et le roi de France, aidé et appelé par eux, put joindre à tous ses autres titres celui de comte de Barcelone ; mais bientôt, par un de ces changements politiques qu'expliquent très bien la différence de moeurs et de caractère des deux nations, et surtout l'oubli d'un premier moment d'irritation, ces mêmes Français, dont on avait imploré le secours et qu'on avait regardé comme des frères, ne furent plus que des ennemis. La guerre éclata entre les deux puissances. La Catalogne se réconcilia avec son roi et fut perdue pour nous ; mais le Roussillon restait à la France à titre de conquête. Le gouvernement ne pouvait plus commettre la faute reprochée avec raison au fils de Louis XI, qui avait déjà tenu en son pouvoir cette province et s'en était volontairement dessaisi. La France voulut reprendre ses limites naturelles, et, comme la Gaule d'autrefois, toucher les Pyrénées : il fut donc irrévocablement résolu qu'on garderait le Roussillon où se trouvaient concentrées des forces considérables : ce pays était devenu le but principal de cette guerre, et il ne devait pas cesser désormais d'appartenir au sol français. Cependant, à cette époque, le coeur des Roussillonnais était tout entier à l'Espagne : c'est là, de l'autre côté des monts, qu'étaient pour eux la patrie et la nationalité. Pendant plusieurs années ils cherchèrent, par tous les moyens, à briser leur nouveau joug pour rentrer sous l'ancienne domination. Il y eut des révoltes et des conspirations toujours renaissantes qu'il fallut punir avec rigueur ; mais telle est la marche de l'esprit de parti : dans les coupables, le peuple ne voyait que des victimes, des martyrs mourant pour leur foi politique, et le juge qui frappait, la loi à la main, était abhorré. Or, quel était cet homme, ce juge qui intimidait la rébellion et condamnait les coupables ? - C'était Sagarre. - Exposé à la vue de tous, parce qu'il était le plus haut placé, il eut toujours à lutter contre l'opinion publique et il lutta énergiquement. Il fallait, en effet, pour résister, une grande fermeté de caractère ; savoir gouverner et faire respecter le pouvoir au milieu d'un pays en combustion, a été, dans tous les temps, une tâche bien difficile. Sagarre s'y voua complètement, et c'est de ce dévouement à la cause française que sont nées tant de haines. Comment cet homme s'était-il élevé au poste éminent qu'il remplissait ? Comment avait-il gagné la confiance du gouvernement français ? Nous pouvons le savoir en examinant sa longue carrière politique. François de Sagarra, désigné par les Français sous le nom de Sagarre, est né d'une famille distinguée ; mais il peut être placé au nombre de ces hommes qui se sont élevés par leur propre mérite. Jeune encore, il embrassa avec ardeur le parti de la France, lorsque le Roussillon venait à peine de tomber en son pouvoir. C'est en 1652, que nous le voyons pour la première fois mêlé au gouvernement de cette province. Voici à quelle occasion. Par suite de la conquête, le roi de France possédait dans ce pays un domaine considérable ; mais les dons ou pensions qui avaient été accordés sur ce domaine, dès les premiers temps, en absorbaient complètement les revenus. Il fallait cependant trouver l'argent nécessaire pour soutenir le siège de Barcelone. Ce fut alors que le maréchal Lamotte-Houdoncourt qui était gouverneur-général de ces comtés, et investi de pleins pouvoirs, supprima toutes les donations faites antérieurement, et il envoya dans cette province, pour concentrer entre ses mains tous les produits, le docteur François de Sagarra. Il sut bientôt mériter la confiance du gouvernement. En 1653, nous le voyons revêtu des fonctions de vice-gouverneur, et le roi le gratifia d'une pension de trois mille livres. Un an après, il est nommé gouverneur des comtés de Cerdagne et de Roussillon, en remplacement de Thomas de Banyuls, qui, malgré le serment de fidélité prêté à la France, avait trahi tous ses devoirs en se mettant à la tête d'une conspiration pour favoriser le parti espagnol. Ce fait seul sert à faire connaître au milieu de quelles graves circonstances Sagarre prenait en main le pouvoir. Nous avons encore retrouvé les lettres-patentes qui l'instituent dans cet emploi de gouverneur. «Voulant, dit le préambule, confier cette charge à une personne sûre et digne, nous avons fixé notre choix sur notre cher conseiller François de Sagarre, dont la prudence, l'habileté, la probité nous sont bien connues, et qui a rendu des services journaliers à nous et à la patrie». C'est ainsi que s'exprime le monarque, et ces mots sont un éloge complet pour l'homme à qui ils s'adressent. Ces lettres-patentes sont du mois d'avril 1654 ; et, au mois de juin de la même année, le roi lui écrit personnellement une lettre qui existe encore dans nos archives pour le remercier de nouveau de ses services, et il le nomme juge de toutes les contestations au sujet des personnes qui seront déclarées avoir embrassé le parti des ennemis. C'était là une mission bien délicate, et qui était loin de le recommander à la faveur des Roussillonnais. Le parti des ennemis était le parti espagnol, et ce parti était populaire et nombreux. Il ne faudrait pas croire que ce fussent les masses seulement qui s'opposaient de tout leur pouvoir à leur réunion avec la France ; mais clergé, noblesse, bourgeoisie, tous suivaient les mêmes idées. Nous en avons vu un exemple dans la conspiration à la tête de laquelle se trouvait Thomas de Banyuls, qui était lui-même gouverneur : cet exemple ne fut pas le seul. Sagarre résista toujours au torrent, et il en fut noblement récompensé par des titres et par des honneurs. En 1662, il était conseiller-d'état, président du conseil souverain, et il fut encore nommé commissaire-général des domaines du roi en Roussillon. L'ordonnance qui l'institue en cette dernière qualité s'exprime ainsi : «Estant nécessaire de commettre une personne d'intégrité et affectionnée au bien de nos affaires, scachant ne pouvoir faire un meilleur choix, ni plus digne, nommons François de Sagarre». Un homme tel que lui devait avoir pour adversaires non seulement des hommes politiques, mais aussi ces âmes remplies de fiel qui sont de tous les temps et de tous les partis, toujours envieuses des succès d'un autre. Aussi, de basses et jalouses dénonciations étaient constamment dirigées contre sa personne. Nous avons été assez heureux pour découvrir plusieurs documents portant un caractère officiel, et qui nous font voir la haine et l'acharnement qu'on mettait à le poursuivre. Citons d'abord une lettre du ministre Louvois à M. Trobat, avocat-général au Conseil-Souverain du Roussillon : «Versailles, 12 avril 1666. Monsieur. Vostre lettre du 27 du mois passé m'apprend que vous vous conformerez à ce que je vous ai mandé au sujet de M. le président Sagarre ; j'adjouterai de plus qu'il est à propos que vous entreteniez avec lui l'amitié que vous aviez autrefois ensemble, et que vous vous absteniez d'entrer dans les intérêts de ceux qui lui sont contraires pour éviter que le party opposé, devenant trop fort, il ne s'en suive son oppression, et mesme un dommage considérable pour le publicq qui souffre ordinairement de la division des principaux officiers». Nous voyons par cette lettre que le Ministre craint que Sagarre ne soit opprimé. Sagarre opprimé ! Mais, en vérité, avec l'opinion qu'on s'était faite de cet homme, c'est lui qui toujours opprimait les autres. - Continuons. Voici une autre lettre du même Ministre â M. de Maqueron, intendant du Roussillon. Elle est datée de Paris, le 17 novembre 1667 ; on y lit le paragraphe suivant : «Vous trouverez ici une lettre non signée contre le président Sagarre : il est bon de vous informer si ce qu'elle contient est véritable, et à toutes fins d'essayer de découvrir, par l'écriture de cette lettre qui est semblable à toutes celles que nous avons reçues contre luy, qui sont ces sortes de donneurs d'avis». Le 27 octobre 1670, le même ministre écrivait à M. Carlier, autre intendant du Roussillon : «L'on m'a adressé la lettre cy-jointe non signée et le mémoire qui l'accompagne contenant plusieurs advis contre M. le président Sagarre ; quoyque je n'y adjoute pas grande créance, néanmoins je ne laisse pas de vous les envoyer afin de vous informer de toutes choses». Il est fâcheux que la lettre et le mémoire mentionnés par le Ministre, et dont l'auteur se cachait sous le voile de l'anonyme, n'existent plus ; nous aurions ainsi appris quelles étaient ces sourdes accusations qu'on n'osait pas signer, et qui étaient dirigées contre le président Sagarre ; mais on voit par d'autres lettres, que de longues recherches dans nos archives ont placées sous ma main, qu'on l'accusait d'être un faux monnayeur ; peut-être même était-il soupçonné de sorcellerie, car deux de ces pièces nous montrent le président Sagarre sous un jour tout nouveau. Cet homme que le préjugé populaire dépeint comme un tigre à instincts féroces, aimait et cultivait les sciences. Ses moments de loisir, il les consacrait à l'étude de la chimie. A cette époque, la chimie à peine sortie de ses langes était confondue avec l'alchimie qui l'avait précédée, et je suis convaincu que les travaux de ce genre du président Sagarre ont pour beaucoup contribué à inspirer la terreur de son nom. Le 12 mars 1666, Louvois écrit à M. de Maqueron, qu'il connaît tous les égards que l'on doit au caractère de M. le président Sagarre ; que quelque chose qu'on ait pu dire contre lui à Sa Majesté, elle est bien persuadée de son intégrité, et si mémorative de ses services qu'elle n'a jamais voulu y ajouter la moindre créance ; mais afin de satisfaire le public et désabuser tout le monde, elle engage le président à s'abstenir de travailler à la chimie et à renvoyer de chez lui un nommé Joseph, italien d'origine, dont la réputation perdrait le plus innocent de tous les hommes ; ajoutant que s'il ne changeait de conduite, il passerait infailliblement pour un faux monnayeur. Il paraît cependant que malgré les vives recommandations du Ministre et la haine de ses ennemis qui cherchaient à le perdre, en employant tous les prétextes, Sagarre n'avait pas tout-à-fait renoncé à ses études sur la chimie ; car nous avons encore trouvé une autre lettre de Louvois, adressée à M. Carlier, et qui porte la date du 7 février 1672. Il y a dans cette pièce le passage suivant : «Vostre lettre du 12 décembre m'a esté rendue à mon retour ; elle m'a informé de ce qui a donné lieu d'écrire contre M. le président Sagarre, et je seray bien ayse de sçavoir, simplement par curiosité, si la machine du sieur de Saint-Jean, qui a été dressée de concert avec ledit sieur Sagarre chez don Alexis de Sanmanat, pour faire l'eau mercurialle (sic) et l'huile de talque aura réussy». A quoi devaient donc servir cette eau mercurialle et cette huile de talque : était-ce à la recherche d'un agent propre à la transmutation des métaux ? Je ne sais ; mais nous voyons que le Ministre lui-même semble prendre intérêt à ces travaux, et qu'il s'en informe par un sentiment de curiosité. J'ai dit que ces lettres nous faisaient connaître le président Sagarre sous un jour tout nouveau. Aurait-on imaginé, en effet, que ce haut personnage, investi de grands pouvoirs, magistrat, gouverneur, occupé, tantôt à réprimer des séditions armées, tantôt à suivre les traces de conspirations, toujours renaissantes comme la tête de l'hydre et qui pouvaient compromettre l'avenir de la conquête, trouvait chez lui un délassement tranquille, en se livrant à des expériences de chimie ? Nous ne pouvons en douter, car je cite des documents authentiques ; mais, aussi, j'ai dit que je voulais dépeindre Sagarre tel qu'il était, et non pas tel que nous l'a montré un préjugé populaire, animé par des ressentiments politiques. Il y avait trente ans que la France s'était emparée du Roussillon, et sa puissance n'était pas encore bien affermie. L'opinion publique était toujours tournée vers l'Espagne. Comme, dès les premiers temps, ce n'était point seulement dans les classes inférieures que se trouvaient les conspirateurs ; ils appartenaient au contraire aux rangs élevés. L'année 1674 peut en fournir une preuve nouvelle. A cette époque devait aussi éclater une conspiration qui faillit réussir. Elle fut découverte à Villefranche, en Conflent, par suite de l'amour d'une jeune fille pour un officier français. Sans entrer dans le détail de cette affaire, palpitante d'intérêt, et qui avait dans toute la province de vastes ramifications, nous devons citer un document officiel qui fait connaître, au nombre des coupables, un Consul même de Perpignan. Ce Consul était Antoine Rivet. Il fut accusé du crime de lèse-majesté, au premier chef, parce que, étant sujet du roi et consul de la ville, il se trouvait au nombre des conspirateurs, qui devaient faire entrer secrètement les Espagnols dans Perpignan et dans les autres places du Roussillon. Arrêté et traduit en justice, voici les conclusions qui furent prises contre lui par le Procureur-Général près le Conseil-Souverain. Je reproduis textuellement ce document, parce qu'il offre un vif intérêt et qu'il caractérise bien l'époque. «Le Procureur-Général requiert pour le Roy, qu'il plaise à la Cour, desclarer ledit Antoine Rivet, sufficement atteint et convincu du crime de leze-majesté en premier chef ; qu'en conséquance tous et chascuns ses biens seront confisqués et appliqués à perpétuité aux coffres de Sa Majesté, et pour réparation dudit crime comdamner ledit Antoine Rivet à estre livré ez mains de l'exécuteur de l'haute justice, lequel luy fera faire le tour ordinaire et l'amende honorable, tenant ledit Rivet un sierge de sire alumé entre ses mains, et demandant à Dieu, au Roy et à la justice pardon de son crime, tant vis-à-vis l'esglise de Saint-Jean de Perpignan, que devant la porte du palais et à la place de la Loge, et après, trénant ledit Rivet par terre, ses pieds attachés à la grupe de une mule, le conduira à la Loge de Perpignan où à leschafau qui est dressé, estranglera en trestre ledit Rivet jusques à ce que mort naturelle sen suive, et après tranchera sa teste pour estre misse dans une cage de fer, laquelle fixera après à une part de la maison de la Loge de laditte ville, et le restant du corps dudit Rivet portera aux potences dittes de Puig-Juan, pour y rester. - Bien entendu que préalablement l'exécution de laditte condempnation, ledit Antoine Rivet sera appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour desclarer ses complices ; requiert en outre que des livres de la maison consulaire, le nom dudit Rivet soit esfacé, et toute sa postérité privée de tenir charges ni offices dans laditte maison consulaire, ni aultres de la présente ville. - Fait au parquet, le 19 juillet 1764. Signé : TROBAT, advocat général». Le 30 juillet, les conclusions que je viens de rapporter furent confirmées par le Conseil-Souverain du Roussillon, dont Sagarre était président. Cette condamnation et d'autres qui furent prononcées pour la même affaire contre les conspirateurs, durent laisser après elles un long retentissement. - Nous ne pouvons justifier la barbarie du supplice ; il suffit de dire que telle était alors la législation pénale, législation heureusement adoucie par nos moeurs ; mais, en examinant les faits en eux-mêmes, nous sommes obligés de convenir qu'ils devaient nécessairement entraîner sur la tête des coupables la plus terrible responsabilité. Il ne fallait pas que par de sourdes menées, le droit de conquête et de réunion à la France pût être mis en question, et vînt d'un moment à l'autre bouleverser tous les esprits. Ceux qui tentaient témérairement de livrer le Roussillon aux Espagnols, commettaient donc un crime de haute trahison ; ils savaient la peine qu'ils encouraient. Mais nous l'avons déjà reconnu : la sympathie était pour les coupables, et la haine augmentait contre les Français et contre la justice qui soulevait le glaive de la loi. Ne pensez pas cependant que les accusés fussent livrés à la merci d'un homme seul. Quelle que fût la puissance du président Sagarre, il ne pouvait condamner qu'avec l'assistance de la Cour. C'est ainsi que la sentence rendue contre le consul Rivet est signée par de Sagarra, de Fontanella, de Copons, de Marti, de Ménalt, de Prat et de Quéralt. On se souvient à peine des autres juges ; tous les ressentiments semblaient se concentrer sur Sagarre, qui par sa haute position était le plus en évidence. Que de temps, de patience et d'habileté ne fallut-il pas pour ramener cet esprit ardent et indépendant des Roussillonnais, les forcer à aimer ce joug qu'ils détestaient ! Quelle puissance de caractère devait avoir l'homme qui combattait contre l'esprit général de son pays, restait ferme dans ses principes et invinciblement attaché à ses devoirs ! Je sais qu'en montrant comme je le fais aujourd'hui le président Sagarre, je heurte bien des idées. La haine, l'esprit de parti avaient entassé tout leur poison sur cet homme, qui fut revêtu de fonctions périlleuses dans des jours critiques ; mais en fouillant nos documents historiques, c'est-à-dire en remontant à la source réelle, la vérité apparaît : ce tableau fantastique au milieu duquel on avait bercé notre enfance s'est évanoui, et nous avons pu reconnaître combien étaient éminents les services que cet homme remarquable rendit au Roussillon et à la cause française. La carrière du président Sagarre fut longue et largement remplie. En 1688 il était encore Conseiller- d'Etat et Président du Conseil-Souverain. Le 20 octobre de la même année, le Roi l'avait autorisé, par une lettre spéciale, à se faire remplacer, en son absence, dans ses fonctions de Commissaire royal par un autre officier de la Cour du Domaine ; mais il dut cesser d'exister bientôt après, car le 23 novembre de cette même année (1688), nous avons trouvé dans nos vieilles archives du Domaine la nomination provisoire d'un autre Commissaire en remplacement du président Sagarre, décédé. C'est ainsi, qu'après trente-six ans de sa vie publique, il s'éteignit peu à peu, revêtu encore de toutes ses fonctions, comblé d'honneurs de la part du roi Louis XIV, qui, de près comme de loin, savait apprécier les hommes de mérite et leur tendait sa main puissante. Morer, membre résident © S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume X du Bulletin de la SASL, 1856, pp.489-501. | ||