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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Antoine Siau

 

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Discours prononcé sur la tombe de M. Siau, ancien trésorier de la Société, par M. Léon Fabre de Llaro, arciviste, le 15 juillet 1882.

Messieurs,

C'est un touchant devoir à remplir que de tâcher de vous retracer tout ce que laisse de regrets celui qui fut l'un des doyens les plus vénérés de notre Société Agricole, Scientifique et Littéraire et de la Commission départementale de Sériciculture. Ce digne vieillard témoignait à ses plus jeunes collaborateurs un intérêt si paternel qu'il y a une obligation de reconnaissance, en quelque sorte une promesse morale, à exécuter, en donnant à sa mémoire cette dernière preuve d'estime et de sympathie.

Au milieu du deuil qui m'oppresse encore, il ne fallait pas moins que ces motifs et ces sentiments pour m'engager à accepter la mission de porter la parole en cette triste circonstance :

M. Antoine Siau appartenait à une famille qui s'est toujours honorée par son attachement aux vertus civiques et aux inspirations élevées. Sans remonter trop loin, je citerai deux de ses frères, l'un ayant laissé une maison commerciale sans tache, en pleine prospérité, ayant été un de nos édiles les plus recommandables ; l'autre, ancien élève de l'école polytechnique, un de nos ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées les plus distingués. M. Antoine Siau ne dérogea pas à de si bonnes traditions. Il profita de ses voyages de commerce pour se créer les plus honorables relations avec des personnes adonnées à l'amour de la science et imbues des sentiments les plus patriotiques. Il sut les conserver jusqu'au dernier jour.

Ayant abandonné le commerce, il ne songea pas à la retraite, il porta son activité dans les observations les plus judicieuses, les plus persévérantes sur les industries qu'il croyait devoir amener une source de richesses à notre contrée et procurer le bien-être aux classes les moins aisées. Son concours était toujours acquis aux commissions nommées par la Société Agricole qui se proposaient ce louable but. De là des rapports sur divers essais de culture du cotonnier, du bambou et autres, sur nos diverses expositions régionales, dont la trace reste heureusement gardée par nos bulletins. Il s'occupa surtout, d'abord, d'horticulture, fonda un jardin d'expériences avec des Roussillonnais de mérite et de dévouement comme lui : MM. Aleron, Companyo père et Paul Massot, et, lors des assises régionales qui ont eu lieu en notre ville, en 1880, il dut à cela de recevoir les éloges du président M. Doumet-Adanson, et d'être nommé lui-même notre président honoraire. Il avait démêlé dans la sagace expérience, dans la prudente initiative et dans l'esprit d'économie de nos jardiniers, toutes les ressources qu'il y avait à espérer de progrès suffisamment incessants pour introduire dans le département des millions de revenus et de réelle plus-value.

Ensuite, il étudia quel immense profit nous devions retirer de la culture bien entendue du vignoble qui, par son extension, a considérablement amélioré le sort des diverses classes de nos agriculteurs. Ses statistiques, adressées aux journaux du dedans et du dehors, étaient toujours consultées avec fruit. Il obtint plusieurs mentions et médailles destinées à l'encourager dans cette voie d'homme utile.

La culture des abeilles, la production en Roussillon du miel, injustement appelé de Narbonne, lui inspirèrent un très remarquable rapport envoyé à la Société d'Apiculture de Paris qui lui valut une médaille d'argent grand module.

Mais l'objet de ses dernières, de ses plus tenaces et fructueuses prédilections, ce fut la Sériciculture. Aussi, dès 1869, il lui était décerné, à ce titre, une médaille d'or par le ministère de l'agriculture et du commerce. Dans cette branche de l'industrie indigène, les services qu'il rendit furent très grands. Je peux, plus que tout autre, en juger et le proclamer bien haut, puisque je dois à la bienveillance de cet infatigable ancien, l'honneur d'avoir été nommé secrétaire de la Commission départementale de Sériciculture, dont il fut président, dès que MM. Sylvestre Vilallongue et le sénateur Paul Massot s'en retirèrent. Il ne ménagea, dès lors, aucunement ses forces, prodigua à nos éducateurs de vers-à-soie visites, correspondances et conseils. La méthode qui porte le nom célèbre du grand académicien M. Pasteur, lequel l'honorait de son amitié, fut par lui partout patronnée et vulgarisée.

L'exposition universelle de 1878 arriva. Elle nous trouva prêts. Nous y envoyâmes une vitrine, artistement agencée avec les divers produits successifs de l'industrie sétifère de la contrée : cocons, papillons, cellules et soies. Ce fut, nous écrivit un membre de la grande Commission d'examen, le bijou de la section séricicole, depuis déposé au Conservatoire des Arts-et-Métiers de Paris. Le diplôme de grande médaille d'or de l'exposition universelle a été l'heureux résultat des ingénieux efforts de notre Président.

La croix de chevalier de la Légion-d'honneur vint, enfin, couronner cette belle carrière de 81 ans de M. Siau. Un cri général d'approbation, dans le département, en accueillit la nouvelle. Celui qui avait tenu à déposer, de ses propres mains, la couronne de lauriers de notre Société aux pieds de la statue de notre ancien Président honoraire, François Arago, celui qui, tous les ans, dans son compte-rendu de gestion de Trésorier, en énumérant les pertes de membres éprouvées par la Société, savait donner à chaque défunt un mot de sympathique regret, celui qui recherchait, parmi nos laborieux agriculteurs, nos sériciculteurs, nos éducateurs d'abeilles, nos jardiniers, nos forestiers, parmi les plus humbles des fidèles serviteurs ruraux, quels étaient les plus dignes de nos récompenses, était récompensé lui-même selon ses mérites.

Le pays éprouva un sensible soulagement à voir que la tombe de M. Siau ne s'ouvrirait point, comme celle du savant archiviste Alart, son jeune ami, que nous pleurons encore, sans ce témoignage éclatant d'estime d'un gouvernement qui, plus que d'autres, doit se faire un devoir de retrouver le mérite modeste et caché jusqu'au fond de la province la plus reculée.

Je ne terminerai point sans signaler dans M. Siau, à côté du vulgarisateur de la science utile, le vieil ami au coeur toujours chaud, et le chef de famille réservant aux siens les plus tendres et religieuses sollicitudes.

La dernière parole qu'il me dit, les larmes dans la voix, lors de notre dernier entretien, la veille de l'attaque qui devait rendre tout autre entretien impossible (je relate ce fait parce qu'il m'émeut encore) ce fut, en me montrant l'expressive photographie de sa petite fille agenouillée, modestement couverte du voile de première communiante, paraissant implorer le ciel, peut-être pour lui : «Voyez, mon jeune ami, quelle consolation pour un grand-père !»

M. Antoine Siau, vénérable collaborateur, vous nous avez donné, jusque dans votre verte vieillesse, les meilleurs exemples d'activité, d'énergie, de dévouement sincère et affectueux ; que votre souvenir nous soutienne dans le combat de la vie, pour que nous sachions les mettre en pratique et faire le même legs à nos successeurs.

Au nom de la Société Agricole et de la Commission départementale de Sériciculture, qui remplaceront difficilement votre zèle à toute épreuve, Adieu.


© S.A.S.L. des P-O.
Cette notice nécrologique a été publiée dans le XXVIe volume de la SASL, 1884, pp.348-352.