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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Antoine Tastu

 

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Discours prononcé au convoi funèbre de M. Antoine Tastu, Inspecteur-général honoraire des Ponts et Chaussées, Ancien Président de la Société, par M. Léon Fabre de Llaro, Archiviste, le 14 novembre 1883.

Messieurs,

En la personne de l'éminent ingénieur Tastu, notre Société Agricole, Scientifique et Littéraire perd non seulement un Président consciencieux, éclairé, conciliant, mais encore un des membres les plus actifs qu'elle ait jamais possédés. Certes, la mort nous a rudement éprouvés depuis quelque temps, en fauchant sans pitié des hommes utiles et zélés tels que notre ancien trésorier, notre secrétaire-général, et celui qui fut le dernier survivant de nos fondateurs. Mais, du moins, M. Antoine Tastu nous restait, souvenir vivant, pour les générations nouvelles, du patriotisme de ces doyens.

Hélas ! il a fallu qu'un coup subit vint nous le ravir, à son tour, au moment où la retraite nous l'avait presque donné tout entier, dans la plénitude encore de ses forces intellectuelles !

Une voix plus autorisée (1), qui, par des paroles d'une éloquence émue, a rendu ma tâche difficile, a détaillé devant vous, en quelques traits, sa vie de fonctionnaire intègre, si sagement, si correctement menée depuis sa sortie des hautes écoles, ses services administratifs justement couronnés par le titre d'Inspecteur-Général honoraire des Ponts et Chaussées, les travaux remarquables dont il a si heureusement doté notre département, qu'à peine il quitta, dans deux seules circonstances, pour un court séjour dans la Lozère et pour une mission de confiance en Espagne, remplie avec sa conscience habituelle.

Si, de notre temps, la modestie était toujours un titre, à quelles récompenses élevées notre digne compatriote ne serait-il pas arrivé ! Mais, soit sentiment pieux, soit ardente tendresse pour son pays natal, Antoine Tastu ne demandait, pour ainsi dire, qu'un privilège, rarement sollicité, celui d'être oublié.

Est-ce pour cela qu'après avoir fait partie, ici et ailleurs, d'Associations Scientifiques, de Commissions d'instruction publique, de Comités de surveillance d'écoles normales et autres établissements d'enseignement, il ne put mettre, à côté de sa croix de la Légion d'Honneur, les palmes d'officier d'Académie ?

Quant à nous, nous nous rappellerons fidèlement ses exceptionnelles qualités : Avec quelle bienveillance de bonne éducation, il dirigeait et encourageait nos travaux ; combien il s'effaçait pour laisser à d'autres la liberté de leur essor ; comment il fallait lui faire violence pour qu'il acceptât le fauteuil présidentiel ; comme il savait, mais toujours à défaut d'autre bonne volonté, dire un dernier et délicat adieu à un membre décédé, ne laisser refroidir aucune question du jour, prononcer dans nos séances publiques, quelques discours émaillés des meilleurs et des plus pratiques conseils. - Si bien que nous ne trouverons guère un chef aussi facile, un véritable successeur. Soumis aux décrets de la Providence, il s'attachait à être toujours prêt ; l'idée de la mort ne l'effrayait point. Chose notable, le travail de plus longue haleine qu'il ait confié à notre recueil, c'est une statistique parfaite, relevant les chances de décès sur divers points de la France, et faisant, bien entendu, la part de notre climat Perpignanais.

Sa vie, cela a été très bien dit, fut un exemple. S'il ne les avait soigneusement cachés, on pourrait vous la montrer semée d'inspirations charitables, d'actes de bienfaisance et de dévouement, les plus divers.

Ainsi, il conservait religieusement d'honorables traditions, il imitait son respectable père, jurisconsulte distingué, et son grand-père, membre de l'ancienne Université de notre ville, tous deux hommes de devoir, de religion et de travail, ayant comme lui pour devise : «Dieu, Famille et Patrie».

Aussi, après avoir exprimé les vifs sentiments de regrets des membres du bureau de notre Société, dont je ne suis qu'un faible interprète, qu'il me soit permis d'ajouter, en mon nom particulier : Je m'honore de trouver de tels modèles de vertu, de science et de constante activité dans la famille d'une aïeule, dont la vénérable mémoire m'a soutenu au milieu d'une émotion bien légitime. Elle m'a aidé à ne pas faire un trop indigne éloge d'un petit-neveu que pleurent aujourd'hui, s'associant au deuil immense de parents cruellement frappés, beaucoup d'amis, et, cette nombreuse assistance le dit assez, tant d'obligés reconnaissants.

(1) M. Parlier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.


© S.A.S.L. des P-O.
Cette notice nécrologique a été publiée dans le XXVIe volume de la SASL, 1884, pp.356-359.