![]() | L'art religieux en Roussillon | |||||||
Nostra Senyora de la Sagristia à Perpignan | ||||||||
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Habiller les statues de saints Habiller les statues de divinités est probablement une pratique antérieure au christianisme et qui remonte à la plus haute Antiquité. Elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours.Ces statues, en Catalogne et en Roussillon, portaient de vrais habits à l'identique d'une femme de haut rang, les robes étant souvent données par dévotion et retaillées à la taille de la statue. Il peut s'agir de robes de mariées ou d'apparat si la Vierge est dite «joyeuse», ou de robes de deuil, voire de mariage (robes traditionnellement noires dans les Pyrénées) pour les Vierges «douloureuses». En effet, nous trouvons deux principaux types de Vierges : celles dont le visage plein de mélancolie et de tristesse est en relation avec la Semaine Sainte, ou bien au contraire, pour les fêtes de Pâques (procession du Ressuscité) ou du 15 août, celles qui possèdent un visage tendre et ébahi (2). Ce second type d'expression se retrouve dans le visage de la Vierge de la Cathédrale dont l'expression étonnée s'adapte autant à la tristesse qu'à la joie, en fonction de l'habillement et des circonstances du calendrier liturgique. Processions, utilité du mannequin La Vierge de la Sacristie était portée en procession, comme l'attestent les deux orifices réalisés dans le socle de la statue permettant de visser l'ensemble à un portant. Le procédé de construction de la statue, (elle se démonte facilement), a aussi pour principal intérêt de la rendre très légère et de faciliter son portement, par des hommes sous l'Ancien Régime, puis par des jeunes filles aux XIX et XXe siècles. A la cathédrale de Perpignan, celles qui appartenaient à la confrérie de l'Immaculée Conception étaient très actives dans l'aménagement de leur chapelle (3). L'articulation des bras facilite l'habillage, d'autant qu'il n'est pas possible, au contraire d'autres statues de ce type, d'enlever les mains (4). Les barres de fer et les articulations des bras permettent une certaine élasticité qui, lors des processions, donne une impression de mouvement.Des textes anciens Dans le diocèse de Perpignan, l'habillement des Vierges est attesté d'une manière extrêmement précise en 1707 (5). La description due à un prêtre extérieur au diocèse a pour avantage d'apporter un regard neuf sur cette pratique. Il est témoin de la procession du Jeudi Saint, où, à la fin du cortège était portée une Vierge «habillée à la Catalane en noir d'une propreté enchantée ayant une espèce de rochet comme le portent nos religieuses de saint Augustin ; mais d'une gaze des plus fines ; elle est à genoux devant une très haute croix». Le religieux assiste aussi à la procession de Pâques. A cette occasion, une robe à la française, apanage des classes aisées et encore qualifiées de robes «à la gavache» (6), est prêtée pour habiller la Vierge de la Pietà de l'église La Réal (7). «On l'a revestue cette année d'un habit à la françoise assez magnifique ; aussi est-ce une dame de qualité qui le preste ; il est de damas blanc avec des fleurs d'or au bas de la jupe ; un grand galon d'or et une frange de même, une frange d'or aux manches du manteau, de belles engageantes, la gorge couverte d'une collerette de belles dentelles».Au début du XIXe siècle, au gré des inventaires du mobilier des fabriques, nous savons que certaines Vierges possédaient plusieurs robes de différentes couleurs, certaines en soie et d'autres en cotonnades (8). La perruque de cheveux naturels est aussi un accessoire obligatoire. La fragilité de cette matière provoquait toutefois son constant renouvellement (9). Les cheveux étaient relevés au niveau des oreilles pour être agencés et resserrés dans un chignon ou une coiffe. Aucune de ces Vierges n'aurait pu montrer, pour des raisons symboliques, ses cheveux libres et descendant jusqu'aux épaules. A l'extrême fin du XVIIIe siècle, en période de re-christianisation, le sculpteur François Boher (1769-1825) réalise la statue de la Vierge de la Soledat, très vénérée à l'église La Réal de Perpignan, en lui donnant les traits de son épouse, mademoiselle Arnaud, fille de l'organiste de cette église. Présent à Perpignan par ses attaches familiales, actif dans le milieu intellectuel et artistique de la période révolutionnaire, c'est l'Inspecteur des Arts et Métiers Frion, modèle du peintre David, qui réalisa la première robe de cette Vierge (10). Historique/découverte
Les robes
L devant : 128 cm Voile : un grand voile en tulle ajouré blanc se positionnait sur la tête, il pendait le long des bras et étaient fixé au petit doigt de chaque main par deux orifices pratiqués dans les angles du voile : 170 x 120 cm Les capes et la ceinture Capes : deux capes identiques en tissu lustré bleu roi, avec broderies au fil d'or sur tous les bords, boucle de fixation en métal, doublure blanche, et présentant une dissymétrie au niveau des deux côtés, avec une différence d'une trentaine de centimètres. Cette particularité peut s'expliquer par une présentation des bras lors de l'usage de la cape. Il est en effet de tradition d'élever le bras droit de ces Vierges, muni d'un bouquet pour la procession de Pâques.Encolure : 69, côté droit : 130, côté gauche : 98, L milieu : 128. Encolure : 66, côté droit : 121, côté gauche : 101, L milieu : 126. Ceinture : une ceinture composée de trois éléments : la ceinture proprement dite en tissu bleu roi, brodé de l'inscription AVE MARIA entre deux fleurs de lys, deux cordons jumeaux pendants cousus à la ceinture et décorés de paillettes de métal doré et dentelles fil d'or. L : 63, l : 5,5, cordons : 62 cm. Parures Les parures de la Vierge sont au nombre de trois : | ||||||||
Bijoux : La présence de bijoux est attestée par le fait que les oreilles sont trouées et qu'un anneau lui-même orné d'un orifice permet d'y passer des boucles d'oreilles. De nombreuses statues de Vierges ou de Saintes offrent la possibilité d'accrocher des boucles d'oreilles que la dévotion populaire a fait promettre à ces statues. La bijouterie traditionnelle en serti clos argent et strass est très répandue dans le panel de bijoux votifs des Vierges du Roussillon.
Armoire A l'identique des Vierges habillées de Catalogne Sud, la Vierge de la cathédrale possède une armoire vitrée qui permet de l'exposer tout en la protégeant de la poussière. Cette armoire haute de 2,45 mètres, large de 1,07 mètres et profonde de 0,72 mètres est une réalisation de menuisier. Elle est en bois peint et doré, possède un tiroir en fond pour ranger certaines pièces du vestiaire. L'intérieur est décoré d'une peinture à l'eau de couleur bleue, avec des étoiles dorées au pochoir. La porte vitrée et le tiroir sont munis d'une serrure.
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© Laurent Fonquernie (1) Albert-Llorca, Marlène, La Vierge mise à nu par ses chambrières, CLIO, n° 2-1995. http://clio.revues.org/document494.html (2) La fondation de la procession de Pâques à Vinça par la Dame de Collares ne date que de 1634 (A. Cazes, Conflent, St Julien de Vinça.) (3) Les archives de cette confrérie sont inédites et très laconiques. Nous pouvons toutefois penser que cette statue était un bien géré par cette association, ou par une des grandes familles qui entretenaient les chapelles particulières de la cathédrale. (4) Certains avant-bras peuvent se dévisser. (5) Colomer, Le clergé régulier sous l'Ancien Régime, vol.104 de la SASL (1996) (6) A la française, expression souvent péjorative, le Roussillon n'étant français que depuis un cinquantaine d'années. (7) Colomer, op.cit., p.142. (8) A Bouleternère par exemple, la Vierge possédait cinq robes d'indiennes et une de soie en 1804. (Paulet, abbé C., Bouleternere, notes historiques, 1981, p.185) (9) On peut imaginer là aussi un geste pieux de don de sa chevelure lors d'un événement grave ayant demandé l'intervention de la Vierge. (10) Cité par Caffe, H. dans la revue Reflets du Roussillon. (11) Siboune, Anton de, Mon Vieux Céret, s.d. (12)La Vierge a été restaurée par l'atelier ACCRA d'Ille sur Tet (66), agréé MH. (13) Littéralement : jeunes hommes célibataires | ||||||||