![]() | Voyageurs en Méditerranée | |||||
Voyage d'Augé de Lassus à Taormine (2) | ||||||
| Voyageurs Voyage à Taormine Trajet d'approche Visite Méditation Voyage à El-Djem Trajet d'approche Visite du Colisée Retour aux hommes Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Le théâtre de Taormine pouvait contenir, assure-t-on, vingt-cinq mille spectateurs. C'est une création grecque, l'emplacement qu'il occupe, l'appareil des premières assises l'attestent en toute évidence ; mais les Romains sont venus, reprenant, complétant l'oeuvre primitive et surtout la revêtant de nouvelles splendeurs. Les Grecs rêvaient et cherchaient la beauté, les Romains voulaient le faste. Donc le monument est gréco-romain, mais les différences des deux civilisations se dissimulent discrètement et leur contraste ne crie pas aux yeux. La scène creuse des niches veuves de leurs statues ; quatre colonnes, magnifiques monolithes de marbre, appuient, aux acanthes de leurs chapiteaux, les blocs énormes des architraves et de l'entablement ; les autres, tranchées au tiers de leur hauteur, affectent les airs funéraires de ces colonnes rompues qui tristement se dressent dans nos cimetières. Un large passage règne en arrière de la scène ; la barbarie du moyen-âge y a maçonné au hasard des bases, des tambours de colonnes, des architraves brisées. On a dû improviser cette bâtisse au milieu des alarmes de la guerre et dans la crainte des assauts du lendemain. Un couloir souterrain règne sur toute la longueur de l'orchestre. Au faite des gradins courait une galerie semi-circulaire qui d'un côté appuyait ses voûtes sur un massif de maçonnerie, de l'autre sur des colonnes décapitées ou pour la plupart renversées ; quelques fûts, jalons oubliés, marquent leur solennel alignement.
| ![]() © Agnès Vinas | ||||
L'ossature même de l'édifice est presque entièrement de briques ; mais elle portait, elle porte encore un magnifique parement polychrome. Les peintures se sont éteintes, les stucs se sont effrités, mais les marbres, plus solides, ont mieux résisté. Au reste cette brique même souillée, calcinée par vingt siècles de soleil, revêt une patine d'une singulière splendeur. La gardien qui nous accompagne et qui nous prodigue des explications dont nous n'avons que faire, nous montre un grand dessin représentant son cher théâtre. Depuis de longues années l'oeuvre est commencée, paraît-il, et nous le croyons sans peine. En effet ce trop consciencieux interprète du vrai ne veut rien oublier, il a compté les pierres des ruines, il a compté les feuilles des buissons, les épines des broussailles, les brins d'herbe, et chaque année le renouveau faisant germer quelques brins de plus, verdir quelques feuilles naissantes, la tâche recommence, le dessin interminable se complique toujours et sans fin. Ce chef d'oeuvre invraisemblable et qui aurait lassé la patience d'un enlumineur chinois, doit craindre la fraîcheur et l'humidité du soir ; aussi, après un juste tribut d'éloges, nous engageons vivement son auteur à lui rendre l'abri d'une porte close. Enfin on nous laisse, séparation sans regret ; on part joyeux, nous restons plus joyeux encore.
Texte intégral des Spectacles antiques | ||||||