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Voyage d'Augé de Lassus à El-Djem (2) | ||||||
| Voyageurs Voyage à Taormine Trajet d'approche Visite Méditation Voyage à El-Djem Trajet d'approche Visite du Colisée Retour aux hommes Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | La visite du ColiséeEl-Djem, petit bourg peuplé de musulmans, n'a obtenu de nous que des regards distraits, peut-il mériter l'aumône d'un souvenir ? C'est l'antique cité qu'il remplace, à Thysdrus seul que nous devons penser. Thysdrus, que certaines inscriptions désignent sous le nom de Thysdritana colonia, vit naître l'éphémère puissance de Gordien l'ancien. C'est là qu'il fut proclamé. Thysdrus eut l'honneur facile et bientôt assez commun de faire un empereur. En ce temps les Césars, les Augustes germaient un peu partout ; quelque divinité malfaisante en avait jeté la graine à tous les vents. En lui-même l'avénement de Gordien est un fait peu mémorable. Il atteste cependant l'importance de Thysdrus au troisième siècle ; mais l'amphithéâtre nous le dit mieux encore.
| ![]() © Agnès Vinas | ||||
Il y a trois rangs d'arcades comme au Colisée. Les colonnes à demi engagées qui les séparent, supportent architraves et entablements. Mais l'ordre adopté est partout le même ; les chapiteaux répètent sans fin l'acanthe corinthienne. Comme au Colisée, une attique surmontait les trois étages d'arcades et complétait le monument. Elle a disparu ; quelques pans de murs, debout à l'intérieur, s'y rattachaient selon toute vraisemblance.
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Les clefs de voûte sont frustes, à peine équarries ; deux seulement, aux premières arcades, détachent en relief une tête de femme et une tête de lion. La décoration de l'amphithéâtre n'a jamais été complètement terminée. Jusqu'aux dernières années du dix-septième siècle, le monument avait échappé aux outrages des hommes ; et le temps, sous un ciel aussi clément, n'aurait pas de sitôt ébranlé ses fortes murailles. Par malheur, en 1695 elle servirent d'asile à un parti d'Arabes révoltés ; et, pour forcer les rebelles, Mohamed-Bey éventra la citadelle. Hélas ! la brèche était faite ; les Arabes n'ont cessé de l'élargir. Une à une ils arrachent les pierres ; dans les blocs ils se taillent des moellons. L'occupation française a-t-elle arrêté cette folle dévastation ? nous voulons le croire ou l'espérer. Mais, lors de notre visite, on voyait, à la teinte plus blanche de quelques pierres où les barbares étaient venus la veille couper, rogner, ronger ; et c'était grande pitié de surprendre ces blessures que pas un brin d'herbe n'avait encore 1a clémence de panser. Ainsi le colosse s'émiette ou du moins s'émiettait, transformé en masures. El-Djem tout entier est sorti de cette carrière ; par bonheur ce n'est pas grand'chose qu'El-Djem tout entier.
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Nous voici dans l'arène. Elle est ensevelie sous un prodigieux entassement de décombres. Les gradins, c'est la coutume, ont disparu : les voûtes vomissent des torrents de débris ; tout cela tombe en cascades, en cataractes, de galeries en galeries, de murailles en murailles, et va se perdre dans le gouffre béant. La brèche s'ouvre à notre droite, nous montrant la joie des campagnes lointaines, mais aussi, tranchés net, les voûtes et les massifs de maçonnerie où s'appuyaient les gradins.
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Ce qui est détaché roule en éboulis et se précipite sous le pied. Dans ce qui est resté en place, arcades, pilastres, murs puissants à l'égal des remparts les plus puissants, corridors interrompus, escaliers inattendus et qui veulent des enjambées prodigieuses, monte, grandit, s'élève. Une seconde arche se découpe dans le ciel, plus vaste encore que la première, et toute resplendissante de soleil et d'azur. Dans cet intérieur l'herbe pousse vigoureuse et touffue. Les orties géantes obstruent, cachent à demi les voûtes. L'amphithéâtre devient une vaine pâture. Les chameaux, lents et placides, y remplacent les panthères et les lions.
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Nous voulons atteindre la cime des ruines ; l'escalade est malaisée. Les escaliers rompus pendent dans le vide, et la crête des murs, tout environnée de précipices, fait songer au sentier étroit et vertigineux qui seul, au dire de Mahomet, conduit au Paradis. Par bonheur un Arabe nous accompagne ; sa robuste épaule, docilement prêtée, remplace les degrés absents. De quelque chose qu'il s'agisse, il faut toujours peiner pour atteindre le faîte. Bien heureux lorsque le vainqueur, pour seul prix de tant d'efforts, ne trouve pas l'affolement, et le vertige ! | ![]() © Agnès Vinas | |||||
Le monument se découvre tout entier. C'est un abîme ; sa profondeur, les débris qui s'y entassent, les trous noirs, prisons innommées, cachots pleins de mystères, le bouleversement effroyable des ruines, tout enfin accuse, non la patiente destruction des siècles, mais la rage d'un cataclysme mal apaisé. On se prend à rêver d'un volcan, d'éruptions furieuses, de laves débordantes ; l'arène semble un cratère éteint de la veille et qui demain peut-être doit se réveiller. Tout cela n'est plus à notre taille ; nous sentons quelque malaise à mesurer ces masses surhumaines, lourdement elles nous écrasent.
Texte intégral des Spectacles antiques | ||||||