![]() | POMPEIA d'Ernest Breton (3eme éd. 1870) | ||||||||||||||||||
| |||||||||||||||||||
| Voyageurs Présentation Préface Introduction historique Sommaire Visite Plans Index Planches Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs |
On ne doit donc pas s'étonner que les murailles de Pompéi, malgré toutes les causes de destruction qui semblent s'être réunies contre elles, soient parvenues jusqu'à nous en grande partie, et qu'aux côtés du nord et de l'est on puisse encore parcourir leurs terrasses comme le faisaient les contemporains de Salluste, de Pansa et de Diomède. Leur construction première remonte au temps des Osques, ainsi que l'attestent leur appareil et les inscriptions qu'on y lit tracées dans les plus anciens caractères grecs. A l'époque de la guerre sociale (2) on augmenta ces fortifications ; mais la ville, forcée trois ans plus tard de se soumettre à Sylla, fut démantelée par ses ordres, et reçut une colonie romaine. Quand vers l'an 50 avant Jésus-Christ éclata la guerre civile occasionnée par la rivalité de César et de Pompée, l'enceinte de Pompéi fut remise à la hâte en état de défense ; enfin, la longue paix dont jouit l'empire à partir du règne d'Auguste ayant rendu les remparts inutiles, toute la partie qui regardait la mer fut démolie et remplacée par des habitations ; le reste ne fut plus entretenu, et le tremblement de terre de 63 avait ajouté encore à son délabrement, quand le tout disparut dans la catastrophe de 79.
Il se compose d'un terre-plein terrassé, compris entre deux murs, et formant avec ceux-ci une épaisseur de 4 m. 55. Le mur extérieur, dont la hauteur varie de 8 à 10 mètres, selon les inégalités du sol, repose sur une base formée de quatre ou cinq assises placées légèrement en retraite les unes sur les autres, de manière à former talus. Ces assises inférieures sont formées de gros blocs de pépérin d'un à deux mètres de longueur sur 0 m.55 d'épaisseur, placés à joints verti-caux, assemblés sans mortier et s'emboîtant souvent les uns dans les autres.
La haute antiquité de ces constructions est encore attestée par les lettres osques que portent un grand nombre de pierres et qui durent servir d'indication aux ouvriers. Ces lettres avaient été gravées avant que les pierres fussent mises en place ; aussi les trouve-t-on tracées en tous sens, debout, de côté, et même quelquefois à l'envers. La partie supérieure de la muraille est également inclinée en arrière ; l'analogie frappante de son appareil avec celui de l'Agger de Servius Tullius à Rome semble indiquer qu'il date de la même époque, c'est-à-dire du milieu du vie siècle avant J.-C. En haut du talus extérieur règne une plate-bande, au-dessous de laquelle s'avancent de nombreuses gargouilles, et que surmonte une rangée de créneaux, pinnae. Ces créneaux, par une disposition toute particulière, présentent à l'intérieur un appendice faisant retour en équerre et protégeant le côté gauche des combattants.
Le mur intérieur, suivant un usage qui se conserva longtemps en Orient où il fut retrouvé par les croisés, surpassait le premier d'une hauteur d'environ 2 m.60. Dans les parties regardant le nord et l'ouest, il était renforcé du côté de la ville par de nombreux contre-forts. Cette portion de la muraille, qui est surtout bien conservée entre la tour qui fait face à la rue de Mercure et la tour suivante en allant vers la porte du Vésuve (4), paraît, ainsi que les créneaux, appartenir à une époque plus récente et où l'art de la construction était plus avancé, probablement au temps de la guerre sociale ; en effet, elle offre cet appareil appelé Isodomum, usité dans les derniers temps de la République romaine et formé de parallélipipèdes d'assez grande dimension régulièrement superposés à sec, pleins sur joints. Cette seconde rangée de créneaux, placée sur la muraille intérieure, semblerait n'avoir été qu'un ornement sans utilité ; mais il paraît prouvé, par le témoignage des auteurs anciens, qu'en temps de siège on établissait derrière elle des plates-formes en charpente qui recevaient aussi des combattants. On montait sur les remparts par de larges escaliers à degrés très hauts et très étroits ; le mieux conservé est celui qui existe près de la porte d'Herculanum.
La plus complète de ces tours est voisine de la porte d'Herculanum ; sa muraille, d'environ 1 mètre d'épaisseur, est formée d'un noyau d'opus incertum, revêtu d'un parement formé de petits cubes de tuf et quel-quefois de briques, que recouvre un enduit de stuc. Sur celui-ci, mais seulement sur les côtés, on a tracé des refends imitant l'appareil des murailles ; la face qui regarde la campagne est restée lisse. Les tours sont quadrangulaires, contrairement aux prescriptions de Vitruve (6) ; elles ont 8 mètres de large sur 9 m. 75 de profondeur, et forment une saillie de 2 m. 25 en avant de la muraille. Elles renferment trois étages superposés ; au rez-de-chaussée, une poterne ouvrait sur la campagne ; le premier étage était percé de meurtrières pour la défense ; le second était de niveau avec le terre-plein des courtines et communiquait avec lui par des arcs ; enfin sur sa voûte était une terrasse protégée par des créneaux. On arrivait aux divers étages par un escalier placé à la partie postérieure de la tour. Il n'y a point d'apparence qu'au pied des remparts il ait jamais existé de fossés, et c'est à tort que quelques auteurs ont supposé qu'ils avaient pu être comblés par ordre de Sylla, ou par l'éboulement d'anciennes murailles. L'enceinte de Pompéi était percée de sept portes qui ont reçu les noms de portes de Capoue, du Sarnus, du Vésuve, de la Marine, de Stabia, d'Herculanum et de Nola. Il ne reste rien des deux premières, et un pan de muraille indique seul l'emplacement de la porte du Vésuve. Toutes les portes étaient de construction romaine, à l'exception de celles de Nola et de Stabia. A gauche de la porte de Stabia est une fontaine surmontée d'une tête de Méduse. Les deux dernières portes, celles d'Herculanum et de Nola, sont encore plus dignes de l'attention des voyageurs.
| ||||||||||||||||||