MICATIO (ou digitis micare)


Jeu de hasard, mêlé d'adresse, encore en usage dans le midi de l'Italie, où il est maintenant connu sous le nom de morra, jeu de la mourre (Varro, ap. Non. s.v. ; Suet. Aug. 13 ; Calpurn. Ecl. II, 26). Deux personnes y jouent de la manière suivante : toutes deux présentent leurs mains le poing fermé ; puis, dans un même moment elles étendent chacune un certain nombre de doigts, et crient en même temps un nombre qu'elles supposent représenter le nombre des doigts étendus par les deux joueurs. Celui qui devine juste a gagné.

La figure ci-jointe, qui représente, d'après une peinture funéraire, deux Egyptiens jouant à la mourre, atteste la haute antiquité à laquelle remonte ce jeu, et peut en donner une idée claire à ceux qui ne l'ont jamais vu jouer. La manière dont la pratiquent les modernes est identique à celle qui est ici représentée ; seulement ils se tiennent debout, tandis que les joueurs égyptiens sont assis, et que ces Egyptiens semblent se servir de leurs deux mains pour jouer, et non de la main droite seulement, comme le font maintenant les Italiens. Ce procédé augmentait sans doute considérablement les difficultés et la complication du jeu, en y introduisant les différentes combinaisons que l'on peut faire avec vingt chiffres, au lieu de celles qui peuvent être faites avec dix seulement. Le personnage à droite a étendu tous les doigts de sa main droite, et trois de sa main gauche ; son adversaire allonge deux des doigts de la main droite, et trois de la gauche ; ainsi le total des doigts étendus est de treize. Si l'un des deux joueurs, au moment où tous deux ouvrent simultanément les mains, crie treize, avant d'avoir pu voir les doigts étendus, il a gagné ; si aucun n'a deviné juste, on referme les mains ; on crie de nouveau un nombre, en ouvrant les doigts, jusqu'à ce que l'un des deux ait rencontré le nombre exact. Ce qui paraît si simple est très difficile à exécuter avec la moindre chance de succès, et exige plus de calcul et d'habileté que ne pourrait l'imaginer une personne qui n'en aurait pas elle-même fait l'expérience. Chaque joueur a d'abord à décider en lui-même combien de doigts il montrera, ensuite à conjecturer combien il est probable que son adversaire en présentera : ce qu'il fait en observant sa manière habituelle de jouer, en se rappelant quels nombres il a récemment criés, et combien dans les derniers coups il a présenté de doigts ; puis il ajoute le chiffre qu'il obtient par ces calculs au nombre de doigts qu'il montre, et c'est ainsi qu'il essaye de composer d'une manière rationnelle le nombre qu'il proclame. Mais comme tout ce jeu, si long à exposer, s'exécute dans la réalité très rapidement, les mains s'ouvrant et se fermant, les nombres se proclamant aussi vite que peuvent se faire ces mouvements et se produire ces sons, il faut à un joueur, pour qu'il ait quelque chance de gagner, une grande promptitude d'intelligence et beaucoup de décision, en même temps qu'un regard vif et une grande sûreté de coup d'oeil, pour voir en un instant le nombre total des doigts découverts, de manière à ne pas laisser passer inaperçu son propre succès, et à ne pas se laisser non plus tromper par un adversaire de mauvaise foi. Aussi les Romains, pour caractériser un homme d'une probité et d'une droiture au-dessus de tout soupçon, disaient-ils de lui que l'on pourrait jouer à la mourre avec lui dans l'obscurité, dignus quicum in tenebris mices (Cic. Off. III, 19).