Une technique de fabrication controversée

© Agnès Vinas

La plupart des chercheurs actuels s'accordent à penser que les verres-camées ont été réalisés peu après l'invention du verre soufflé au Proche-Orient vers 50 avant JC. Le verrier aurait plongé une bulle de verre bleu très foncé opaque dans un bain de verre blanc translucide, puis donné au vase sa forme définitive en soufflant dans sa canne. Une fois le verre refroidi, un artisan spécialiste de la gravure des gemmes aurait patiemment gravé les figures dans la couche de verre blanc, en leur laissant plus ou moins d'épaisseur pour créer par transparence des effets d'ombres et de relief, et retiré la totalité du blanc là où il fallait dégager le fond bleu foncé. Ce travail extrêmement minutieux et pénible aurait pu demander au moins deux ans. Il en a en tout cas fallu trois à John Northwood pour parvenir à réaliser sa copie du vase en verre-camée, de 1873 à 1876.



 

Quelques exemplaires de ce type de production luxueuse nous sont heureusement parvenus, comme l'amphore des Amours vendangeurs découverte à Pompéi et conservée au Musée National de Naples, ou la coupe Morgan, actuellement conservée au Corning Museum of Glass dans l'état de New York.



Pourtant une spécialiste du verre antique, Rosemarie Lierke, a récemment contesté cette théorie du soufflage puis de la taille du verre comme une gemme, et proposé d'envisager plutôt une technique de moulage. En cliquant sur l'image ci-dessous, on accèdera sur son site à son argumentation complète :

La technique serait globalement la suivante : on fabrique un modèle en relief, auquel on donne tous les détails définitifs, et dont on fait un moule en plâtre. Les creux de ce moule sont tapissés d'une poudre de verre blanc destinée à constituer le d&eacutecor du camée. Le verrier insère ensuite dans le moule une boule de verre en fusion, de la couleur du fond, et presse en tournant pour donner au vase sa forme en creux. Sous l'effet de la chaleur, la poudre de verre blanc fond et remplit les creux du moule, ce qui va constituer les figures qui se détacheront sur le fond sombre. Il suffit ensuite de retourner l'objet, et de façonnner le haut du vase avec la matière qui s'affaisse sous l'effet de son poids. Une fois le verre refroidi, il n'y aura rien à tailler, puisque c'est le moule qui aura donné ses reliefs au verre blanc. Cette technique astucieuse est donc une variante de la poterie sigillée et présente l'énorme avantage d'épargner un travail épuisant au tailleur de verre.

Comme toutes les théories récentes, celle-ci est actuellement en débat. Mais ce nouveau sujet de discussion confirme que rien, à propos du vase de Portland, ne peut être considéré comme définitif... pas même ses procédés de fabrication.


Et sur la toile