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Littérature gréco-romaine Rire à Rome Notice sur Horace Sommaire des satires Oeuvres d'Horace Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Livre II - Satire 6 - Le rat de ville et le rat des champs Tous mes voeux... je vais les dire : un domaine assez grand pour me nourrir, un jardin, et, non loin de mon humble logis, une source d'eau vive... ajoutons un bouquet de beaux arbres, et je n'ai plus rien à demander... Soient bénis les dieux ! ils m'ont accordé beaucoup plus, et beaucoup mieux. Je suis content ; seulement je te prie, à cette heure, ô fils de Maïa, de me maintenir en la possession de tous ces biens.
O père du matin, Janus (peut-être ce nom-là te plaît davantage !), toi que chaque homme, à son réveil, invoque, avant la tâche quotidienne, à toi, commencent toutes les misères dont je me plains ici ! Dès que je suis à Rome, à ton ordre, hors de mon logis, il faut que j'aille, et par la gelée et par la neige, et par le vent de bise, enfin dans les jours les plus sombres et les plus courts de l'année. «Or çà, me dis-tu, que l'on se hâte, un ami t'a demandé ta caution, il s'agit de ne pas être devancé». A peine ai-je répondu pour cet ami dans les termes les plus clairs et les plus formels (peut-être, hélas ! trop formels), je me rue à travers la foule, et culbutant ceux qui ne vont pas, culbuté par ceux qui viennent : «Où va ce fou ? dit l'un de ceux-là, le plus impatient et le plus mal embouché de tous, il renverse, il brise, il ne connaît pas d'obstacle !... Ah ! j'y suis ! monsieur va chez Mécène, sa grande passion !» Tu dis vrai, ami passant, et ton injure m'est aussi douce que du miel. Cependant j'aborde aux Esquilies, et pris de droite, et pris de gauche, un tas d'importuns me crie à tue-tête : «Horace, oubliez-vous que demain, de très bonne heure, Roscius a compté que vous l'accompagneriez au prétoire ? - Horace, à l'instant, et toute affaire cessante, les secrétaires du trésor vous prient d'être exact au rendez-vous qu'ils vous ont donné, et vous n'y sauriez manquer... - Ayez la bonté, me dit un troisième, de me recommander à Mécène et de lui donner ces tablettes à signer. - Comment donc ? J'y ferai de mon mieux. - Si vous le voulez, c'est fait !...» Et les instances de redoubler. C'est très vrai, depuis tantôt huit années je suis honoré de l'amitié de Mécène ; je conviens aussi, très volontiers, qu'il me fait monter souvent dans sa chaise, à ses côtés, quand il voyage, et le voilà qui me confie.... oh là, des secrets ! «Quelle heure est-il ?... Pensez-vous vraiment que le gladiateur Gallina soit de force à se mesurer contre Syrus ?... Certes les matinées sont fraîches, et qui veut ne pas être insulté par la bise, aura soin de se bien vêtir...» Enfin toutes sortes de mystères de la même force ; on les verserait sans danger dans l'oreille la plus fêlée. En revanche, il y a huit ans déjà que je suis le malheureux objet de l'envie ; elle augmente à toute heure, et de jour en jour. «Le voilà ! c'est lui, l'enfant gâté de la fortune ! Il était hier au théâtre avec Mécène !... Il était ce matin au Champ de Mars avec Mécène !» Au premier mauvais bruit, qui se répand du forum dans la ville, aussitôt chacun m'arrête : «Ami, par pitié, vous qui savez tout, puisque vous voyez les dieux comme je vous vois, que dit-on des Daces, chez vous autres ? - Rien que je sache. - Allons ! vous vous moquez... - Je me voue aux Furies, si je ne parle sérieusement. - Nous direz-vous, du moins, si l'empereur va faire à ses soldats une distribution de terres ?... Où donc ? en Italie ?... en Sicile, peut-être ?» En vain je me récrie, et je réponds que je n'en sais rien : «Ah ! l'homme inabordable et profondément dissimulé !» Voilà pourtant le misérable emploi de ma journée, et je reviens sans cesse à mon voeu de chaque jour : Ma chère maison des champs, serai-je assez heureux pour te revoir ? Enchantements de l'étude et du jeu, des anciens écrivains, des heures clémentes ! oubli ! repos ! sommeil ! repas rustiques, où je retrouve les légumes de mon jardin, cuits à point avec le lard de mon saloir, et ces fèves, ses chères cousines, que nous défendait Pythagore ! O soirées et festins dont les dieux eux-mêmes seraient jaloux ! A l'ombre heureuse de mes pénates, entouré de mes amis les plus chers, nous dînons de bon appétit, pendant qu'autour de nous, les fils pétulants de mes vieux serviteurs prennent librement leur part dans les reliefs et la gaieté de cette fête. Liberté plénière ! aux grands buveurs les larges coupes ; bois à ta soif, à ton plaisir, mon convive, et nargue soit des lois, disons mieux, des entraves du festin ! Et puis l'on cause, et laissant de côté les domaines de celui-ci, les châteaux de celui-là, et la préexcellence de l'illustre Lépos sur les danseurs de son temps, nous allons tout de suite aux questions considérables, le digne sujet de l'inquiétude et de la curiosité des plus honnêtes gens : Si le bonheur de la vie humaine est dans la richesse ou dans la vertu ? Si l'amitié est un échange de services ou de bons exemples ? Qu'est-ce, enfin, ce grand inconnu que les sages appellent le bien, le to kalon, le souverain bien par excellence ? Cependant mon heureux voisin Cervius égaye à propos, d'un bon vieux conte, ces doctes entretiens ! Même, un jour, quelqu'un s'étant mis à vanter le bonheur du riche et peu tranquille Arellius, il nous conta l'apologue que voici :
Traduction de Jules Janin [1878] - A l'enseigne du pot cassé, coll. Antiqua n°22 (1931) | ||||