![]() | Le mythe d'Ulysse | |||||||
DarembergMythes Ulysse Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Article Ulysses - Daremberg et Saglio (1877)I. Les origines
L'ambassade auprès d'AchilleSon courage est à la hauteur de sa sagesse : il figure parmi les neuf chefs qui ambitionnent l'honneur de combattre Hector ; de nombreux guerriers tombent sous ses coups et lorsque, dans l'épisode des aristeia d'Agamemnon, celui-ci blessé doit se retirer, Ulysse continue ses exploits. Il protège Diomède atteint à son tour, accomplit à lui seul des prodiges de valeur, et bientôt, frappé lui-même par Sôkos, il n'échappe à la mort que grâce au secours d'Athéna. Malgré ses blessures, il s'oppose fortement à la cessation de la guerre, et il reprend la lutte avec une nouvelle ardeur quand Hector vient menacer le camp des vaisseaux. Entre temps, sa ruse éclate dans la capture de Dolon et le meurtre de Rhésos.
Dispute d'Ulysse et d'AjaxLes armes d'Achille qu'il obtenait de préférence à Ajax, fils de Télamon, le payèrent de ses services qu'il compléta en allant à Skyros chercher Néoptolème. Couvert de haillons et le visage déchiré, Ulysse s'était aussi glissé dans Troie comme espion et s'était assuré la complicité d'Hélène. Chef des troupes embusquées dans le cheval de bois, il pénétrait avec Ménélas dans la maison de Déiphobe et préludait ainsi à l'anéantissement d'Ilion, dont les Grecs lui étaient en grande partie redevables. Après le second départ de Troie, Ulysse est poussé vers Ismaros, ville des Kikônes (en Thrace, au bord du canal de Thasos ?) ; il se livre à des actes de piraterie et voit tomber, dans un retour offensif des Kikônes, soixante-douze de ses guerriers. Lorsque, au troisième jour d'une navigation orageuse, il veut, pour regagner Ithaque, contourner le cap Malée, les courants et Borée le rejettent par delà Cythère ; il parvient, au bout de neuf jours, dans le pays des Lotophages qui se nourrissent d'une fleur (île de Djerba ou insula Meninx ?). Régalés du merveilleux lotos qui verse l'oubli du retour, trois compagnons doivent être ramenés malgré leurs larmes et attachés aux bancs des nefs. Les avirons frappent à nouveau la mer blanchissante, et, par une nuit sans lune, un dieu fait aborder les vaisseaux dans une île plantureuse, l'île aux Chèvres (Nisida ?). Tandis que les onze navires de sa flottille l'attendent là, Ulysse pousse jusqu'à la terre voisine des Cyclopes (Champs Phlégréens, entre Cumes et Naples ?). | |||||||
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De retour à Aiaiè, Ulysse rend les devoirs funèbres à Elpénor. Grâce aux conseils de Circé, il passe sans dommage près des flots des deux Sirènes (les Coqs, Galli, à la porte du détroit de Capri ?) ; il franchit les Planktes, échappe au tourbillon de Charybde, mais Scylla lui ravit six hommes (Charybde et Scylla, à l'entrée du détroit de Sicile).
Les compagnons d'Ulysse enlevés par ScyllaA Thrinakiè (Messine ?), les survivants, sous la conduite d'Euryloque, profitent du sommeil d'Ulysse pour immoler les boeufs du Soleil. Alors Zeus, sur la prière d'Hélios, fracasse la nef de sa blanche foudre ; dans la tempête, tous succombent sauf Ulysse, qui, juché sur une épave, arrive au bout de neuf jours à Ogygie, chez Calypso (île de Perejil, près de Ceuta ?). L'amoureuse nymphe garde le héros près d'elle pendant sept années, sans que ses charmes ni ses promesses d'immortalité puissent effacer le souvenir d'Ithaque. Elle ne consent au départ, la huitième année, qu'après un ordre formel des dieux.
Ulysse et NausicaaConduit par Nausicaa, il reçoit l'accueil le plus favorable d'Alcinoos et d'Arétè à qui il raconte ses aventures. Le roi fait équiper une de ses nefs merveilleuses, et les matelots déposent Ulysse endormi sur la terre natale qu'il a quittée depuis vingt ans. Métamorphosé en vieillard mendiant, il est conduit par Athèna chez Eumée, où arrive bientôt Télémaque qui revient de son voyage d'enquête à Pylos et à Sparte. Ulysse recouvre un instant son aspect naturel pour se faire secrètement reconnaître par son fils, et tous deux complotent la perte des prétendants. | ||||||||
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Il se présente à Pénélope sous le nom d'Aithôn, Crétois ; il essaie de raviver son espoir et empêche Euryclée, qui l'a reconnu, de le trahir.
Ulysse reconnu par Euryclée![]() Pendant l'épreuve de l'arc, il se découvre à Philoitos et à Eumée ; puis, se faisant remettre l'arc, il traverse d'une flèche les anneaux des douze haches et commence aussitôt le massacre de ses ennemis. Après les avoir tués jusqu'au dernier, il se fait reconnaître non sans peine par la prudente Pénélope et, dès le lendemain, il va aux champs pour se présenter à Laërte. Il doit encore lutter contre les partisans des prétendants conduits par Eupeithès, mais celui-ci une fois mort, Athèna, sous les traits de Mentor, arrête le combat et rétablit la concorde. Par ces exploits et à travers ces aventures, un noble caractère s'affirme, où l'intrépidité s'allie à la clairvoyance, et où le dévouement n'est point subordonné au souci du retour. L'Iliade met en lumière «le sang-froid et l'énergie réfléchie» d'Ulysse (Croiset) ; ces qualités, qui n'excluent pas la sensibilité, le distinguent aussi dans l'Odyssée, où il apparait comme «le type de l'homme qui veut parce qu'il aime et qui réussit parce qu'il veut» (Croiset). La beauté poétique de cette image s'achève par sa haute valeur morale : Ulysse «nous offre un raccourci des épreuves et des douleurs auxquelles nous sommes sujets, et il nous donne le spectacle fortifiant du triomphe de l'intelligence associée à l'énergie» (Croiset). Il est vrai que la poésie cyclique et la tragédie altéreront certains traits de cette figure ; elles recueilleront des traditions hostiles, dont nous relevons un premier exemple en ce qui concerne la naissance même du héros, que les poètes tragiques représentent comme fils illégitime d'Anticlée et du roi de Corinthe Sisyphe. | ||||||||
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| La fin de la Petite Iliade et l'Ilioupersis d'Arctinos le montraient dans la ville conquise. Il saccageait la maison de Déiphobe et protégeait Hélène contre la fureur des Grecs. Il sauvait aussi du massacre les fils d'Anténor, Hélicaon et Glaucos. Il réclamait la lapidation d'Ajax, fils d'Oïlée, coupable envers Cassandre. Mais il précipitait le petit Astyanax du haut des murailles de Troie, et il était l'instigateur du sacrifice de Polyxène. Lors du partage du butin, la malheureuse Hécube était attribuée comme captive au meurtrier de ses enfants. Il est difficile de déterminer quelle place tenait Ulysse dans les Nostoi ; pour les uns, ce poème ne négligeait pas le plus intéressant des Retours, et il y était même déjà question du mariage de Pénélope avec Télégonos et de Circé avec Télémaque, ce qui suppose le récit de la fin d'Ulysse. Selon d'autres, les Nostoi ne comprenaient à son sujet que les aventures antérieures à celles qui font la matière propre de l'Odyssée ; ils contaient le premier départ d'Ulysse en compagnie de Ménélas, après la querelle des Atrides, les nouveaux dissentiments qui éclataient à Ténédos et qui poussaient Ulysse à revenir à Troie ; le héros s'éloignait ensuite en même temps qu'Agamemnon, dont la tempête le séparait bientôt ; il était aussi question de son séjour à Ismaros et de sa rencontre en ce lieu avec Néoptolème. Nous arrivons, avec les dernières années d'Ulysse, au point le plus obscur de sa légende. Deux récits de l'Odyssée, relatant un prétendu séjour auprès de Pheidôn, roi des Thesprôtes émanent vraisemblablement d'anciennes traditions qui rattachaient Ulysse à l'Epire, traditions recueillies dans les histoires thesprôtes de Musée, comme dans la Thesprôtis. On signalait à Trampya un culte d'Ulysse, et il est probable que sa mort fut parfois localisée dans ce pays où, disait-on, il avait fait souche royale. La prophétie de Tirésias nous ramène à cette contrée, s'il est vrai qu'il faille reconnaître les Epirotes dans ce peuple ignorant de la mer chez lequel Ulysse doit aller offrir un sacrifice à Poseidon. Mais la prophétie de Tirésias situe à Ithaque la fin du héros ; un doux trépas lui viendra, dans un âge avancé, hors de la mer, parmi ses peuples heureux. Cette prédiction si naturelle, faite à un navigateur durement éprouvé, semble avoir déterminé assez tôt, par exégèse, un nouveau développement légendaire, à moins que, inversement, cette autre forme de la légende, étant la primitive et dérivant d'une tradition cultuelle, n'ait été dénaturée par le poète de l'Odyssée ou ses commentateurs, et seulement remise en lumière par les poètes des âges suivants : la mort, pour Ulysse, viendra «de la mer», sous la forme de l'aiguillon d'une raie, qu'un héron, d'après Eschyle, laissera tomber sur la tête du vieillard, ou qui, selon Eugammon de Cyrène, formera la pointe de la lance de Télégonos. Toutes ces traditions d'origine diverse ont été combinées, vers le milieu du VIe siècle, dans la Télégonie qui faisait la suite de l'Odyssée. La Télégonie partait de la victoire d'Ulysse. Après les funérailles des prétendants, Ulysse offrait un sacrifice aux Nymphes, et allait à Elis, chez Polyxène, pour visiter son fameux bétail, afin sans doute de remonter ses étables en vue de nouvelles offrandes. De retour à Ithaque, il exécutait le sacrifice prescrit par Tirésias, puis il partait chez les Thesprôtes dont il épousait la reine Callidicè. Avec l'aide d'Athéna, il dirigeait les Thesprôtes dans une guerre contre leurs ennemis, les Bryges. Le fils d'Ulysse et de Callidicè, Polypoilés, héritait du pouvoir à la mort de sa mère, et Ulysse revenait alors chez lui. Cependant, le fils qu'il avait eu de Circé, Télégonos, qui courait le monde à la recherche de son père, débarquait à Ithaque et se mettait à piller l'île ; Ulysse volait au combat et tombait, mortellement blessé par la lance armée d'un aiguillon fatal. Télégonos, reconnaissant trop tard son erreur, recueillait le cadavre d'Ulysse et retournait auprès de Circé, emmenant avec lui Télémaque et Pénélope. Circé leur donnait l'immortalité et épousait Télémaque, tandis que Pénélope s'unissait elle-même à Télégonos. IV. Ulysse dans l'art et la religion Rien n'atteste mieux la popularité d'Ulysse que ce riche développement littéraire de sa légende dont l'épopée, la poésie lyrique la tragédie, et meme la comédie, se sont emparées tour à tour. Mais sa personne et ses aventures ont aussi joui d'une grande faveur dans le domaine de l'art : Onatas, Lykios, fils de Myron, avaient exécuté sa statue, et quelques ouvres intéressantes comme la statuette du musée Chiaramonti. Celle du musée archéologique de Venise, le camée du Cabinet des Médailles nous offrent encore les traits de l'homme au pilos qu'on retrouve aussi sur les monnaies. Polygnote faisait d'Ulysse un des personnages de sa Nekyia et de son Ilioupersis, à Delphes ; il le montrait ailleurs, en compagnie de Nausicaa, parmi les filles de Lycomède ou auprès de Philoctète ; il représentait, au temple d'Athéna à Platées, la scène tragique du massacre des prétendants. Le procès contre Ajax, le sacrifice de Polyxène lui donnaient aussi l'occasion d'évoquer la figure du héros. Parmi les artistes des âges suivants, plusieurs imitèrent l'exemple de leur grand devancier : Parrhasios, Timanthès, Euphranor et d'autres, s'inspirèrent de la légende d'Ulysse qui fournit aussi de nombreux motifs aux peintres de vases.La mémoire d'Ulysse se perpétuait encore, soit par les fondations religieuses qu'on lui attribuait, en Laconie par exemple, en Arcadie, ou sur la côte d'Afrique, dans l'île de Meninx, soit par les cultes dont il était l'objet, comme à Sparte où il possédait un hérôon, à Trampya en Epire, ou à Tarente. Une chlamyde et une cuirasse du héros étaient conservées en reliques dans le sanctuaire d'Apollon à Sicyone, et l'on voyait aussi des armes d'Ulysse parmi les ex-voto d'un temple d'Engyion en Sicile. Comme il était devenu le type idéal du navigateur et du créateur de cités, son renom s'étendit bien au delà du bassin oriental de la Méditerranée, et l'on retrouve son souvenir, non seulement en Italie, mais encore en Lusitanie, en Gaule, et jusque dans les pays lointains de Calédonie et de Germanie. Article de Louis Séchan | ||||||||