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DarembergReligions Mystères Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Article Isis - Daremberg et Saglio (1877)Déesse égyptienne, dont le culte, hellénisé après la fondation d'Alexandrie (332 av. J.-C.), se répandit, avec celui de ses parèdres, Sérapis, Harpocrate et Anubis, dans le monde gréco–romain tout entier.I. Histoire C'est chez les Phéniciens qu'apparaissent les premières traces de l'influence que la religion égyptienne exerça sur les peuples étrangers ; Byblos notamment en conserva le souvenir durable ; des images divines, manifestement copiées sur celles de l'Isis pharaonique, ont été fabriquées à Tyr, à Sidon et dans les colonies phéniciennes dès le VIIe ou le VIe siècle avant notre ère, puis transportées par le commerce jusqu'en Etrurie et dans le Latium. Il n'est pas impossible que la Grèce elle-même, comme on a essayé de l'établir par des rapprochements ingénieux, ait emprunté à l'Egypte, vers la même époque, les idées et les pratiques essentielles des mystères d'Eleusis. Mais il n'est pas question d'Isis dans la littérature grecque avant Hérodote ; quand il visita l'Egypte au milieu du Ve siècle, il nota les tentatives que les colons grecs établis à Naucratis, dans le Delta, avaient déjà faites pour identifier leurs divinités nationales et celles de leurs hôtes ; alors commença à se répandre à travers le monde hellénique l'idée qu'Isis, dans ses attributions principales, correspondait à Déméter, et qu'elle présentait aussi certaines analogies avec Io. Cependant un long espace de temps s'écoula encore avant qu'Isis fût reçue dans l'enceinte des cités grecques ; elle eut à vaincre la résistance de leurs gouvernements, qui, au nom des lois et de la tradition, la tinrent obstinément à l'écart comme une étrangère, dont l'influence pouvait présenter de graves dangers pour les moeurs. Vers l'an 350, l'assemblée du peuple d'Athènes, par une faveur spéciale, autorisa les marchands égyptiens, que les besoins de leur négoce amenaient dans l'Attique, à élever un temple d'Isis au Pirée, dans le faubourg où on reléguait les cultes exotiques. Les railleries des poètes comiques peuvent nous donner une idée des luttes que ses prêtres durent encore soutenir contre l'opinion publique avant de faire un nouveau progrès. A l'origine, les lois athéniennes punissaient de mort tout citoyen qui avait cherché à introduire dans la cité une divinité étrangère. A quelle date Isis fut-elle exceptée de cette proscription, ou, plus exactement, à quelle date son culte, jusque-là toléré dans le faubourg du Pirée comme culte de métèques, put-il être exercé librement par des citoyens à l'intérieur de la ville ? Nous manquons des documents nécessaires pour l'établir d'une manière précise ; mais ce ne fut certainement qu'après qu'il eut été hellénisé par les Lagides ; on fonda alors au pied de l'Acropole un Sérapéum pour le grand dieu envoyé d'Alexandrie ; cet événement peut dater du règne de Ptolémée Philadelphe, mais nous inclinerions plutôt à le rapporter à celui de Soter, son prédécesseur (323-285) ; Nicocréon, roi de Chypre, semble avoir à cette époque introduit officiellement les dieux égypto-grecs dans ses Etats ; bientôt après nous les voyons établis dans la Pérée rhodienne, à Antioche, à Smyrne, à Halicarnasse, dans l'île de Céos et en Béotie. Au second siècle, nous constatons leur présence à Délos, à Ténédos, en Thessalie, en Macédoine et dans le Bosphore de Thrace. Ainsi ce culte n'a reçu droit de cité chez les Grecs qu'après la conquête d'Alexandre ; mais il a pris aussitôt en Orient une extension considérable ; sa fortune en Occident allait devenir prodigieuse. Introduit en Sicile sous Agathocle ou Hiéron II, il passe de là dans l'Italie méridionale ; Pouzzoles et Pompéi ont dès le second siècle un temple alexandrin. Il faut supposer aussi qu'il se trouvait bien déjà quelques adorateurs d'Isis et de Sérapis au milieu de la population cosmopolite d'Ostie, et même dans les faubourgs de Rome ; mais aucune loi n'autorisait encore les Isiaques à former des associations et à célébrer leur culte à frais communs dans l'enceinte de la capitale. Ce fut seulement au temps de Sylla que, pour la première fois, ils essayèrent d'y fonder un collège ; en dépit des influences puissantes dont ils disposaient, ils eurent à soutenir, avant d'arriver à leurs fins, une lutte acharnée contre le sénat et contre les magistrats suprêmes de la République ; les autels, qu'ils avaient élevés jusque sur le Capitole, furent renversés par ordre des consuls en 58, en 51, en 50 et en 48. Cette persécution, certainement approuvée par beaucoup de Romains, et non des moindres, risquait, malgré tout, de prendre fin à bref délai, tant était ardent le zèle du parti contraire ; la défaite de la reine d'Egypte à Actium retarda le triomphe définitif des dieux alexandrins ; Auguste les renvoya dans les faubourgs de Rome, au delà de l'enceinte du Pomoerium (28 av. J.-C.), leur enlevant ainsi tout le terrain qu'ils avaient conquis depuis Sylla. En l'an 21, Agrippa, plus sévère encore, interdit de leur élever des sanctuaires dans un rayon d'un mille autour de Rome. La littérature du temps témoigne à quel point toutes ces mesures furent inutiles. Sous Tibère, il y avait un temple alexandrin dans la capitale ; l'empereur prit prétexte d'un scandale dont il avait été le théâtre pour le faire démolir ; les prêtres furent déportés et l'exercice même du culte interdit aux citoyens de Rome par sénatus-consulte (19 ap. J.-C.). Cette persécution devait être la dernière ; Caligula et Claude laissèrent tomber dans l'oubli les arrêts rigoureux de leurs prédécesseurs et Néron probablement les rapporta. Othon fut un Isiaque fervent ; en 70, Isis et Sérapis avaient de nouveau dans la ville un sanctuaire public ; c'est de là que partit la procession triomphale de Vespasien et de Titus le jour où ils célébrèrent leur victoire sur les Juifs. Dès lors, nous n'aurions plus à enregistrer que les témoignages de la dévotion avec laquelle les mystères isiaques furent célébrés par la cour impériale et par la plus haute société de Rome. Cependant, même à cette époque, le culte alexandrin ne fut point compris parmi les cultes officiels, c'est-à-dire parmi ceux dont l'Etat faisait les frais ; de quelque splendeur que l'entourât la libéralité des Césars, il fut toujours desservi par des confréries privées, qui subvenaient à tous ses besoins et nommaient elles-mêmes leurs prêtres. Bafoué par les apologistes du christianisme, il n'en fut pas moins un de ceux qui lui résistèrent avec le plus de succès ; la chute du Sérapéum d'Alexandrie (an 397) porta un coup fatal aux dieux égypto-grecs ; les autels qu'on leur avait dédiés dans le monde romain durent être à peu près tous abandonnés par leurs derniers défenseurs vers le milieu du Ve siècle ; Rutilius Namatianus vit encore célébrer une de leurs fêtes à Faléries (Etrurie) en 416. II. Attributions et images d'Isis Dans la religion pharaonique, Isis n'était à l'origine que la divinité de Bouto, ville du Delta ; sans époux, par sa seule puissance, elle avait enfanté Horus ; de bonne heure on l'unit à son voisin Osiris, dieu de Busiris et de Mendès, et ainsi se forma une triade analogue à celles qui étaient adorées dans d'autres parties de l'Egypte ; cette triade n'embrassait point dans ses attributions l'ensemble des forces de la nature ; Isis représentait simplement la terre du Delta, Osiris le Nil. Mais, avec le temps, les théologiens mèlêrent des conceptions cosmogoniques aux légendes toutes locales enfantées par le peuple ; la triade du Delta subit d'abord l'influence du culte solaire en honneur à Héliopolis ; Horus devint le dieu-soleil ; puis plusieurs divinités secondaires furent groupées autour d'Isis et de sa famille, on leur prêta un rôle dans un drame mystique qui expliquait la formation et l'ordre de l'univers ; le culte d'Isis, sans détruire les autres, déborda en dehors de ses anciennes limites ; enfin vinrent les Grecs, qui, lui donnant la première place à Alexandrie, combinèrent les doctrines des prêtres égyptiens avec celles de leurs philosophes, de manière à en former un système qui pût s'adapter aux croyances de tous les peuples. Les résultats de ce travail de condensation sont exposés dans le traité de Plutarque sur Isis et Osiris ; s'il nous permet si facilement de ramener à l'unité la religion égyptienne, il ne faut pas oublier qu'à côté de renseignements puisés à une source ancienne, l'auteur y a fait aussi une place aux spéculations de l'époque gréco-romaine. En réalité, les recherches des égyptologues nous montrent dans le pays des Pharaons une multitude de cultes locaux, tout aussi indépendants les uns des autres que l'étaient ceux de l'Hellade primitive. Suivant la tradition la plus générale, Osiris a été traîtreusement mis à mort par Set (Typhon) son ennemi ; son cadavre est enfermé dans un coffre et jeté au Nil, qui le porte vers la mer ; les flots le poussent sur la côte de Phénicie, à Byblos. Isis se met à sa recherche et finit par le découvrir ; elle le ramène en Egypte ; mais tandis qu'elle se relâche de sa surveillance, Set le coupe en morceaux et le disperse. Isis, après de nouvelles pérégrinations, retrouve les membres de son époux et leur donne la sépulture ; elle met au monde un fils, nommé Horus, qui venge son père les armes à la main et reconquiert le pouvoir suprême. Cette légende, à l'origine, ne faisait peut-être que traduire certaines croyances populaires sur l'histoire locale. Quand elle prit un sens symbolique, Isis représenta la terre d'Egypte annuellement fécondée par les eaux du Nil. Dans une conception plus générale, Osiris étant le soleil, Isis est la terre habitable, qu'il échauffe de ses rayons ; s'il est le père, elle est la mère de tous les êtres. Le mythe peut aussi s'appliquer à la destinée humaine ; comme Osiris, chacun de nous meurt, mais il renaît dans ses enfants ; Isis est dans la génération le principe femelle, indispensable à la perpétuité de l'espèce. Enfin, si l'on voit dans la lutte d'Osiris et de Set, la lutte du bien et du mal, Isis est la divinité tutélaire qui permet au bien de triompher ; l'homme lui doit la civilisation ; elle a inventé tous les arts, elle a des moyens puissants de punir et de récompenser. Il suit de là qu'Isis finit par absorber en elle les attributions de toutes les déesses grecques. Ses images, il est vrai, se distinguent de toutes les autres à quelques signes certains. Comme indice de son origine, elle tient dans la main droite le sistre (sistrum), sorte de crécelle, dont le son accompagnait les cérémonies du culte égyptien ; à sa main gauche est suspendu un petit seau de forme arrondie, propre à contenir l'eau sacrée [cymbium, situla). Sur son front se dresse la fleur de lotus, emblème de résurrection. Comme les déesse-mères, elle porte une longue robe qui tombe jusqu'à ses pieds et ne laisse à découvert que les avant-bras ; son manteau, souvent garni de franges, est noué sur le devant de la poitrine, entre les deux seins ; ce noeud volumineux et très apparent est, de tous les attributs d'Isis, celui auquel on la reconnaît le plus sûrement. Sa chevelure retombe en boucles le long de son cou ; elle est la déesse euplokamos.
Désignée par l'épithète de pelagia, Isis préside à la navigation ; le nom de Pharia (Phariê), qui rappelle son origine égyptienne, semble lui avoir convenu particulièrement quand on l'envisageait comme divinité marine ; adorée dans la petite île de Pharos, en avant d'Alexandrie, à côté du fameux phare de Sostrate, Pharus, elle veillait sur les matelots en danger. De là son culte se propagea rapidement le long des côtes de la Méditerranée. On lui dédiait des ex-voto quand on avait échappé à la tempête ; dans les ports on trouvait des peintres qui avaient pour spécialité de représenter sur des tableaux votifs les naufragés secourus par Isis pelagia ; suivant Juvénal, c'était un métier qui nourrissait son homme.
Pour la même raison, elle est encore la déesse de la santé (sôteira, epêkoos, sospitatrix, restitutrix salutis, etc.). Le secours qu'elle apportait aux malades a été certainement une des principales raisons de l'empressement avec lequel Grecs et Romains se sont approchés de ses autels. Associée comme divinité médicale à Sérapis-Esculape, elle indiquait des remèdes à ceux qui venaient la consulter dans ses temples ; ils y passaient la nuit ; pendant leur sommeil, elle leur apparaissait et leur dictait ses ordonnances. Nous possédons un grand nombre d'inscriptions dédiées par des malades à qui ce traitement était censé avoir réussi ; ils croyaient avoir été guéris grâce à ses conseils, ex ejus monitu, jussu ou imperio (kata prostagma). Isis-Hygie comptait le serpent dans ses attributs, comme les autres divinités médicales ; mais la présence de cet animal sur les monuments qui la représentent s'explique en grande partie par les superstitions propres à l'Egypte ; le serpent y était considéré à divers titres comme sacré ; on en faisait le gardien des temples. Celui d'Isis, c'est le redoutable aspic, appelé par les Grecs ouraios (uraeus) d'après l'égyptien ouraït ; on le reconnaît aisément à son cou, qui se gonfle sous l'influence de la colère jusqu'à dépasser en grosseur la tête et le ventre.
Ainsi, on peut dire que, dès le Ier siècle de notre ère, Isis joue à elle seule le rôle des principales déesses du paganisme, et, s'il n'est pas question des autres, c'est qu'elles n'en valent pas la peine. Elle est la Déesse, comme Sérapis est le Dieu ; à cette condensation aboutit l'effort tenté par les derniers païens pour marier les doctrines philosophiques avec les cultes populaires. Isis est la divinité favorite du syncrétisme ; elle a une quantité infinie de noms et de formes (poluônumos, muriônumos, muriomorphos). Une inscription de Capoue l'appelle «una quae es omnia». L'art lui-même a essayé de rendre dans une figure unique cette multiplicité ; Isis-Panthée joint aux attributs particuliers de la déesse égyptienne ceux de toutes les déesses que nous venons de passer en revue ; ce personnage mystérieux, surchargé de symboles, qui lui donnent un aspect plus étrange qu'élégant, apparait surtout sur les lampes, les monnaies, les gemmes et autres petits objets de nos collections. III. Les mystères Apulée nous a laissé, dans le onzième livre des Métamorphoses, un curieux tableau des mystères d'Isis ; grâce à lui, nous pouvons constater qu'ils présentaient avec ceux d'Eleusis une étroite ressemblance [Eleusinia], quoiqu'il soit lui-même, suivant l'usage, très réservé sur la partie secrète de leur célébration. Son héros, Lucius, soudainement éclairé par la grâce d'Isis, a décidé de se faire initier dans le temple de Kenchrées, près Corinthe ; sur le conseil du grand prêtre, il y loue une chambre, et là il passe dans la retraite, dans les austérités et les pratiques de dévotion une période de recueillement. La date du grand jour lui est fixée par la déesse elle-même pendant son sommeil. Alors commence pour lui une suite de cérémonies, qui vont durer à peu près deux semaines ; nous y retrouvons toutes les péripéties des mystères éleusiniens. Ici aussi, l'initiation comprend une partie publique et une partie secrète, réglées l'une et l'autre par le mystagogue. D'abord a lieu, en présence d'un nombreux cortège, la purification par l'eau (katharsis) ; Lucius est conduit à une vasque voisine du temple, et le mystagogue, après avoir prononcé une prière, lui verse de l'eau sur le corps. On le ramène devant l'image d'Isis, où il reste prosterné. Vient ensuite un intervalle de dix jours, consacré au jeûne ; le néophyte se met en état de recevoir la grande révélation ; c'est la sustasis. Quand cette nouvelle période préparatoire est expirée, ses amis viennent lui apporter des présents dans le temple ; bientôt après, les profanes s'étant retirés, Lucius célèbre la grande veillée (pannuchis), la partie essentielle et décisive de l'initiation ; au milieu de clartés soudaines qui illuminent les ténèbres de la nuit, il assiste à des spectacles merveilleux, où sont condensés tous les secrets de la religion isiaque ; c'est proprement la muêsis. Le lendemain, au lever du soleil, on le donne en spectacle à la foule, revêtu d'un costume splendide, portant sur la tête une couronne de palmier et à la main une torche allumée. Pendant trois jours encore, il fête par des banquets son nouveau titre d'initié (mustês). Cependant, ce n'est pas tout encore ; il quitte Kenchrées et il se rend à Rome ; là, dans le temple alexandrin du Champ de Mars, il apprend qu'il peut aspirer à un degré supérieur de sainteté ; après un an révolu, il se fait initier aux mystères de Sérapis ; il devient epoptês. Ce qu'Apulée ne nous dit pas dans ce récit, ou ce qu'il dit d'une manière ambiguë, on peut le reconstituer sommairement. Tout le monde est à peu près d'accord aujourd'hui que, pendant la grande veillée, le néophyte assistait à une représentation des mythes sacrés, tandis que le mystagogue en expliquait brièvement le sens symbolique ; tous les secrets de la nature et de la destinée humaine étaient résumés sous la forme d'un drame, où une divinité juvénile, après une série d'épreuves, disparaissait de la surface de la terre pour reparaître triomphante. Il est probable aussi que la vie de l'âme au delà de la tombe fournissait en grande partie le sujet de ces tableaux émouvants. C'est ce qu'Apulée indique assez clairement quand il fait dire à son héros : «J'approchai des limites du trépas ; je foulai du pied le seuil de Proserpine et j'en revins porté à travers tous les éléments ; au milieu de la nuit, je vis le soleil briller de son éblouissant éclat : je m'approchai des dieux de l'enfer, des dieux du ciel ; je les vis face à face ; je les adorai de près». Dans ce rite essentiel, les mystères gréco-romains d'Isis ressemblaient donc encore beaucoup à ceux de Déméter, ce qui s'expliquera tout naturellement si l'on suppose que les uns et les autres ont leur source commune dans la religion pharaonique. Mais, quoi qu'il en soit, les mystères isiaques devaient différer de ceux d'Eleusis ; sans aucun doute, ils en différaient d'abord par la légende mise en action dans les drames sacrés ; on voyait d'une part Déméter cherchant à travers le monde sa fille Kora enlevée par Pluton, de l'autre Isis cherchant le corps de son époux. Il devait y avoir aussi d'autres différences dans le costume, dans le décor, dans les images qui entouraient les initiés ; Apulée parle d'écritures hiéroglyphiques consultées par les mystagogues ; les débris des temples égypto-grecs retrouvés hors de l'Egypte nous permettent de nous faire une idée de cette mise en scène particulière, où se mêlaient les arts des deux races.
Les dieux alexandrins ont dû d'abord, à l'époque de la persécution, être adorés à titre privé à l'intérieur des familles ; leur premier succès a été de prendre place sur l'autel domestique à côté des lares et des génies protecteurs du foyer ; c'est un rôle qu'ils ont toujours conservé depuis. Quand les associations d'isiaques furent parvenues à se faire tolérer, elles élevèrent des temples à frais communs et le culte y reçut une organisation régulière. Il comprenait deux cérémonies par jour ; la première commençait au lever du soleil ; le prêtre ouvrait les portes, et il «éveillait le dieu», en présence du public ; après quelques instants d'adoration, il faisait le tour des autels et y répandait des libations ; puis on annonçait par des chants la première heure du jour. L'autre cérémonie, qui avait lieu dans l'après-midi, était probablement affectée à l'adoration de l'eau sacrée ; le prêtre, tourné vers les assistants, offrait à leur vénération un vase rempli d'eau, cet élément étant considéré comme le principe de toutes choses et comme une émanation d'Osiris. Une fresque d'Herculanum nous a peut-être conservé l'image de cette scène.
L'animal que l'on immolait le plus ordinairement à Isis dans les sacrifices, c'était l'oie ; aussi ce volatile est-il assez souvent représenté sur les monuments du culte alexandrin. V. Les associations Les premières associations, fondées dans le monde grec au IIIe siècle pour desservir les autels d'Isis et de Sérapis, furent organisées sur le même modèle que tous les éranes et les thiases, qui honoraient à la même époque les autres divinités orientales ; celles que nous voyons alors se réunir à Cius (Bithynie), dans l'île de Céos, au Pirée, sont présidées par une femme (proeranistria), qu'assistent dans ses fonctions un trésorier (tamias), un secrétaire (grammateus), des commissaires (epimelêtai) et des sacrificateurs (ieropoioi). En Occident, nous voyons paraître un peu plus tard les Isiaci, les collegia Isidis, les Anubiaci, les associés qui se désignent eux-mêmes comme faisant partie «sacrorum Isidis», ou, dans des termes plus vagues, que précise d'ordinaire sur les monuments l'image des attributs de leur culte, telestini, corporati, cultores sacrorum, etc. Le président s'appelle le père (pater) ; il a auprès de lui, pour la besogne administrative, un trésorier (quaestor) ; les associations qui comptent un très grand nombre de membres sont divisées par decuriae, ayant chacune à sa tête un decurio, nominé en certains endroits pour cinq ans. Elles se recrutent par voie de cooptation, en déléguant à un des leurs le pouvoir de faire les choix qu'il jugera bons. Mais toutes les confréries isiaques n'étaient pas organisées partout sur le même modèle. Quelques-unes paraissent avoir tiré leur nom de certains rites qui étaient plus particulièrement en honneur chez elles ; ici ce sont les pausarii Isidis, ainsi nommés parce qu'ils célébraient les processions en s'arrêtant à des reposoirs (pausae), préparés le long de leur route ; là ce sont les pastophores (pastophoroi), qui portaient sur des brancards de petites chapelles légères (pastoi), contenant les images sacrées ; ailleurs, nous rencontrons des thérapeutes (therapeutai), chargés de la toilette et de la nourriture de leurs dieux ; ailleurs encore, des mélanéphores (melanêphoroi), sortes de pénitents vêtus de noir, qui devaient jouer un grand rôle dans les cérémonies lugubres de la Passion d'Osiris. Les confréries religieuses, qui se donnent le titre de matelots à Ephèse (naubatountes) et à Gallipoli (sunnautai), pourraient avoir un rapport avec la fête du Vaisseau d'Isis : pourtant M. Foucart les rattache d'une manière plus vraisemblable aux représentations périodiques du drame osirien ; on racontait que les membres du dieu ayant été dispersés et jetés dans le Nil, Isis les y avait repêchés avec un filet ; en effet, la scène à Gallipoli a lieu dans le Nilaeum, bassin rempli d'eau du Nil, ou qui figurait le Nil ; parmi les associés sont inscrits le chef du collège (archônôn), cinq chefs pour la manoeuvre des filets (diktuarchountes), deux guetteurs (skopiazontes), deux pilotes (kubernôntes), un homme chargé de jeter le filet (phellokalastôn), un veilleur (ephêmereuôn), cinq patrons de chaloupes (lembarchountes), un contrôleur (antigraphomenos). Tous ces personnages avaient dû représenter l'équipage de la barque d'Isis, lancée à la recherche du corps d'Osiris. VI. Le sacerdoce Les membres des associations choisissent parmi eux ceux qui doivent exercer les dignités sacerdotales ; les titres portés par les prêtres d'Isis et de Sérapis aux divers degrés de la hiérarchie correspondent à peu près à tous ceux que l'on peut relever dans les autres cultes, et notamment dans les cultes mystérieux [sacerdos, mysteria]. L'organisation du ministère sacré semble avoir varié beaucoup suivant le nombre des adeptes et l'importance du temple ; ici les prêtres étaient nommés pour un an, là ils étaient nommés à vie ; quelquefois il y avait parmi eux des égypto-grecs, qui ne semblent pas avoir eu d'autre profession ; même ceux qui vivaient dans le monde pouvaient toujours aller faire de longues retraites ou fixer momentanément leur domicile dans le pastophorion, corps de bâtiment divisé en cellules qui servait d'annexe à l'Isium. Les femmes étaient admises à la plupart des fonctions sacerdotales ; elles semblent même, en certains endroits, avoir occupé le premier rang dans la hiérarchie.
VII. Les temples
Article de Georges Lafaye | ||||||||||||||||