Mythes
Hérodiade Salomé
Oscar Wilde
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Copyright Aspirateurs | Oscar Wilde - Salomé (1893) Personnages- Hérode Antipas, Tétrarque de Judée
- Iokanaan, le prophète
- Le jeune Syrien, capitaine de la garde
- Tigellin, un jeune Romain
- Naaman, le bourreau
| - Hérodias, femme du Tétrarque
- Salomé, fille d'Hérodias
| - Un Cappadocien
- Un Nubien
- Premier soldat
- Second soldat
| - Les esclaves de Salomé
- Le page d'Hérodias
- Des Juifs, des Nazaréens, etc
- Un esclave
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Une grande terrasse dans le palais d'Hérode donnant sur la salle de festin. Des soldats sont accoudés sur le balcon. A droite il y a un énorme escalier. A gauche, au fond, une ancienne citerne entourée d'un mur de bronze vert. Clair de lune.
NB : La pièce d'Oscar Wilde n'est constituée que d'un seul acte. Mais pour éviter des temps de chargement trop longs, nous l'avons découpée en cinq unités ou «tableaux».
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A mon ami Pierre Louÿs LE JEUNE SYRIEN Comme la princesse Salomé est belle ce soir !
LE PAGE D'HÉRODIAS Regardez la lune. La lune a l'air très étrange. On dirait une femme qui sort d'un tombeau. Elle ressemble à une femme morte. On dirait qu'elle cherche des morts.
LE JEUNE SYRIEN Elle a l'air très étrange. Elle ressemble à une petite princesse qui porte un voile jaune, et a des pieds d'argent. Elle ressemble à une princesse qui a des pieds comme des petites colombes blanches... On dirait qu'elle danse.
LE PAGE D'HÉRODIAS Elle est comme une femme morte. Elle va très lentement. Bruit dans la salle de festin. PREMIER SOLDAT Quel vacarme ! Qui sont ces bêtes fauves qui hurlent ?
SECOND SOLDAT Les Juifs. Ils sont toujours ainsi. C'est sur leur religion qu'ils discutent.
PREMIER SOLDAT Pourquoi discutent-ils sur leur religion ?
SECOND SOLDAT Je ne sais pas. Ils le font toujours. Ainsi les Pharisiens affirment qu'il y a des anges, et les Sadducéens disent que les anges n'existent pas.
LE JEUNE SYRIEN Comme la princesse Salomé est belle ce soir !
LE PAGE D'HÉRODIAS Vous la regardez toujours. Vous la regardez trop. Il ne faut pas regarder les gens de cette façon... Il peut arriver un malheur.
LE JEUNE SYRIEN Elle est très belle ce soir.
PREMIER SOLDAT Le tétrarque a l'air sombre.
SECOND SOLDAT Oui, il a l'air sombre.
PREMIER SOLDAT Il regarde quelque chose.
PREMIER SOLDAT Je trouve que c'est ridicule de discuter sur de telles choses.
SECOND SOLDAT Il regarde quelqu'un.
PREMIER SOLDAT Qui regarde-t-il ?
SECOND SOLDAT Je ne sais pas.
LE JEUNE SYRIEN Comme la princesse est pâle ! Jamais je ne l'ai vue si pâle. Elle ressemble au reflet d'une rose blanche dans un miroir d'argent.
LE PAGE D'HÉRODIAS Il ne faut pas la regarder. Vous la regardez trop !
PREMIER SOLDAT Hérodias a versé à boire au tétrarque.
LE CAPPADOCIEN C'est la reine Hérodias, celle-là qui porte la mitre noire semée de perles et qui a les cheveux poudrés de bleu ?
PREMIER SOLDAT Oui, c'est Hérodias. C'est la femme du tétrarque.
SECOND SOLDAT Le tétrarque aime beaucoup le vin. Il possède des vins de trois espèces. Un qui vient de l'île de Samothrace, qui est pourpre comme le manteau de César.
LE CAPPADOCIEN Je n'ai jamais vu César.
SECOND SOLDAT Un autre qui vient de la ville de Chypre, qui est jaune comme de l'or.
LE CAPPADOCIEN J'aime beaucoup l'or.
SECOND SOLDAT Et le troisième qui est un vin sicilien. Ce vin-là est rouge comme le sang.
LE NUBIEN Les dieux de mon pays aiment beaucoup le sang. Deux fois par an nous leur sacrifions des jeunes hommes et des vierges : cinquante jeunes hommes et cent vierges. Mais il semble que nous ne leur donnons jamais assez, car ils sont très durs envers nous.
LE CAPPADOCIEN Dans mon pays il n'y a pas de dieux à présent, les Romains les ont chassés. Il y en a qui disent qu'ils se sont réfugiés dans les montagnes, mais je ne le crois pas. Moi, j'ai passé trois nuits sur les montagnes les cherchant partout. Je ne les ai pas trouvés. Enfin je les ai appelés par leurs noms et ils n'ont pas paru. Je pense qu'ils sont morts.
PREMIER SOLDAT Les Juifs adorent un Dieu qu'on ne peut pas voir.
LE CAPPADOCIEN Je ne peux pas comprendre cela.
PREMIER SOLDAT Enfin, ils ne croient qu'aux choses qu'on ne peut pas voir.
LE CAPPADOCIEN Cela me semble absolument ridicule.
LA VOIX D'IOKANAAN Après moi viendra un autre encore plus puissant que moi. Je ne suis pas digne même de délier la courroie de ses sandales. Quand il viendra la terre déserte se réjouira. Elle fleurira comme le lis. Les yeux des aveugles verront le jour, et les oreilles des sourds seront ouvertes... Le nouveau-né mettra sa main sur le nid des dragons, et mènera les lions par leurs crinières.
SECOND SOLDAT Faites-le taire. Il dit toujours des choses absurdes.
PREMIER SOLDAT Mais non ; c'est un saint homme. Il est très doux aussi. Chaque jour je lui donne à manger. Il me remercie toujours.
LE CAPPADOCIEN Qui est-ce ?
PREMIER SOLDAT C'est un prophète.
LE CAPPADOCIEN Quel est son nom ?
PREMIER SOLDAT Iokanaan.
LE CAPPADOCIEN D'où vient-il ?
PREMIER SOLDAT Du désert, où il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il était vêtu de poil de chameau, et autour de ses reins il portait une ceinture de cuir. Son aspect était très farouche. Une grande foule le suivait. Il avait même des disciples.
LE CAPPADOCIEN De quoi parle-t-il ?
PREMIER SOLDAT Nous ne savons jamais. Quelquefois il dit des choses épouvantables, mais il est impossible de le comprendre.
PREMIER SOLDAT Non. Le tétrarque ne le permet pas.
LE JEUNE SYRIEN La princesse a caché son visage derrière son éventail ! Ses petites mains blanches s'agitent comme des colombes qui s'envolent vers leurs colombiers. Elles ressemblent à des papillons blancs. Elles sont tout à fait comme des papillons blancs.
LE PAGE D'HÉRODIAS Mais qu'est-ce que cela vous fait ? Pourquoi la regarder ? Il ne faut pas la regarder... Il peut arriver un malheur.
LE CAPPADOCIEN, montrant la citerne. Quelle étrange prison !
SECOND SOLDAT C'est une ancienne citerne.
LE CAPPADOCIEN Une ancienne citerne ! cela doit être très malsain.
SECOND SOLDAT Mais non. Par exemple, le frère du tétrarque, son frère aîné, le premier mari de la reine Hérodias, a été enfermé là-dedans pendant douze années. Il n'en est pas mort. A la fin il a fallu l'étrangler.
LE CAPPADOCIEN L'étrangler ? Qui a osé faire cela ?
LE CAPPADOCIEN Peut-on le voir ?
SECOND SOLDAT, montrant le bourreau, un grand nègre. Celui-là, Naaman.
LE CAPPADOCIEN Il n'a pas eu peur ?
SECOND SOLDAT Mais non. Le tétrarque lui a envoyé la bague.
LE CAPPADOCIEN Quelle bague ?
SECOND SOLDAT La bague de la mort. Ainsi, il n'a pas eu peur.
LE CAPPADOCIEN Cependant, c'est terrible d'étrangler un roi.
PREMIER SOLDAT Pourquoi ? Les rois n'ont qu'un cou, comme les autres hommes.
LE CAPPADOCIEN Il me semble que c'est terrible.
LE JEUNE SYRIEN Mais la princesse se lève ! Elle quitte la table ! Elle a l'air très ennuyée. Ah ! elle vient par ici. Oui, elle vient vers nous. Comme elle est pâle. Jamais je ne l'ai vue si pâle...
LE PAGE D'HÉRODIAS Ne la regardez pas. Je vous prie de ne pas la regarder.
LE JEUNE SYRIEN Elle est comme une colombe qui s'est égarée... Elle est comme un narcisse agité du vent... Elle ressemble à une fleur d'argent.
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